Gargantua en ukrainien
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ToggleHommage au traducteur
Cette traduction ukrainienne d’Anatole PEREPADYA relève du tour de force. Chevalier des Arts & des Lettres, romaniste maîtrisant entre autres le français, l’italien, l’espagnol, le portugais et le catalan, l’humble traducteur fut récompensé par l’ambassade de France à Kiev en recevant par deux fois le prix Skovoroda.
Un tragique accident de la route mit fin à sa carrière en 2008, alors qu’il roulait à vélo dans le centre de la capitale ukrainienne. Une sombre affaire avec délit de fuite et une mystérieuse obstruction d’enquête… A 71 ans, le « père Padya » était parvenu au sommet de son art, traduisant d’une plume alerte et joyeuse les pages les plus coriaces de la littérature françoise.
Traducteur de Pascal, Montaigne, Proust, Claudel, Camus, Balzac, Machiavel, Calvino, Moravia & bien d’autres, il aura contribué avec quelques autres fortes têtes à faire entrer la culture occidentale dans les mentalités encore largement soviétiques à l’aube du XXIe siècle.
L’homme considérait son labeur comme la sainte mission de sa génération. Une génération qui devait non seulement abattre l’empire totalitaire moscovite, mais désoviétiser et dérussifier, pour ainsi dire, l’art de traduire. Effort particulièrement visible dans son Rabelais intégralement traduit au bout de vint ans.
À rebours des traductions russes bien trop soucieuses de leur statut de « langue modèle » (comprenez « supérieure ») Anatole Perepadya n’hésitait pas à sortir du littérairement correct pour faire du hors norme. Tout comme Rabelais en son temps. On peut imaginer le travail harassant du correcteur (Rostéslav Dotsenko) devant une telle entreprise. Mais après vingt ans de Sibérie, qu’eût-il encore craint ?
D’ailleurs, l’audace paie toujours. Mission amplement remplie pour l’un comme pour l’autre. On a rarement vu un tel degré de quintessence dans une traduction de Gargantua. Alors que la plupart des Ukrainiens n’avaient pu approcher Rabelais que par l’intermédiaire de l’école russe, notre traducteur leurs restituait un Rabelais plus vray, nourri de perepadyaïsmes truculents, bien du terroir, et pour une fois – oserais-je ajouter – un traducteur ukrainien n’était pas allé contrefaire un classique de la littérature mondiale en passant par la langue du « grand frère ».
Victor Hugo disait : Rabelais, c’est la Gaule. Eh bien, Perepadya, c’est la Rous’. Son nom même, d’antique racine slave et ruthène, peut être entendu comme un changement soudain, un coup du destin, une aubaine. Pour ma part, en ouvrant ce livre, j’ai tout de suite compris que c’était un don… Un don du ciel.
Nicolas Mazuryk


Quelques mots sur cette édition bilingue
Pour le confort de lecture et une meilleure compréhension, les paragraphes ont été aérés ; certains mots rafraîchis ; le tout agrémenté d’un appareil de plusieurs centaines de notes concises et faciles d’accès, résumant plusieurs sources d’autorité (v. la bibliographie en fin de page). Tout cela devrait conférer à cette lecture exigeante la douceur de la plume. Si ce n’est assez, il suffira de glaner les fleurons ❦ marquant les passage « étroits ». Mais n’ayez crainte. Avallez, ce sont herbes!
Les sources
La version proposée infra suit la dernière version officielle – réputée définitive – que François Juste, éditeur attitré du bon docteur, publia à Lyon en 1542. Les érudits l’appellent « E » et il n’est pas question d’y toucher un Ἰῶτα.1Cette dernière version comporte 58 chapitres, contrairement à la première qui en compte 56. Aucune traduction (ou « translation » comme on dit de nos jours) vers la nostre lingue ne saurait fleurer bon le Rabelais de tradition.
La version originale, sinon rien
La langue de Gargantua au vocabulaire deux fois plus vaste que celui de Victor Hugo dans la Légende des siècles, dépasse de loin le « moyen français » du XVIe siècle. Refusant toute autorité linguistique centrale, dans Gargantua c’est le Poitevin qui parle, l’humaniste voyageur, le restituteur des bonnes lettres, l’encyclopédiste avant l’heure. Rabelais ouvre et ferme le sens quand bon lui semble, cela fait partie du jeu. Les Gargantua en français standard ou hybride trichent en quelque sorte et nous font oublier l’intention originelle.
Inutilité des versions non-annotées
Malgré un succès tout à fait gargantuesque, à sa sortie 99% des Français ne pouvaient déjà lire et encore moins comprendre Gargantua en raison de leur illettrisme. Cinq siècles plus tard, après la liquidation des humanités, le nombre de Français en capacité de lire Rabelais avoisinerait à peine 0,5% de la population adulte. C’est pourquoi des centaines de notes accompagnent cette édition en ligne, aussi bien en français qu’en ukrainien.
Une arme politique, aujourd’hui comme hier
L’infime minorité, essentiellement masculine, urbaine et lettrée à laquelle s’adresse Gargantua dans les années 1530-1540, jargonnait dans un français si vilain et artificieux qu’il lui fallait une bonne ordonnance… Le consciencieux docteur y est allé au bistouri.
Et ce n’est pas qu’une image : Rabelais fit de « sa » langue française une véritable arme politique, tout comme Taras Chevtchenko le fera de « son » ukrainien, quoique trois siècles plus tard.2Voir à ce sujet l’article de Chevelov traduit en français. S’ils ne sont pas les seuls en Europe, ils sont de loin les plus radicaux et les plus efficaces dans cette bataille. Autant Gargantua est un manifeste pour l’humanisme français face à l’impérialisme habsbourgeois de Charles Quint, autant le Kobzar est un manifeste de l’humanisme ukrainien face à l’impérialisme pétersbourgeois (entre autres).
Ad summam, si de nos jours le moyen français n’est pas pour le Français moyen, celui de Gargantua l’est d’autant moins. Hors gabarit (comme ses personnages) et à lui seul code à déchiffrer, quasi langue sacrée pour initiés, ce français n’est « moyen » que sur une frise chronologique. Moyen : autrement dit à mi-chemin des quelque huit siècles séparant un roman de chevalerie en langue d’oïl d’un quelconque roman de science-fiction en langue d’AI.
Pour bousculer l’ordre établi, maître François avait forgé un instrument inédit, un pastiche de français moyen fait de patoiz & d’accents régionaux. Quoi de plus logique d’ailleurs, dans une France linguistiquement bigarrée. Mais pour faire bonne mesure, il y a fourré tout un tas de formulations savantes & étymologisantes, le tout par dérision et surtout AMOUR de sa langue.
Version ukrainienne
Même amour et même jouissance dans cette version perepadéenne aussi goulue que Rabelais l’aurait voulue. Même combat surtout : Anatole disait lui-même que les traductions en français moderne étaient décevantes et « censuraient » Rabelais.
Mais quelle version originale a donc suivi notre traducteur ? Sans doute la version E, mais avec quelques lacunes : elles seront marquées d’une ✿ noire sur cette page.
Or sus, mes bons amis, treves de soif ! L’œuvre est là et je l’ai mise en ligne sans autre souci que de bien faire. Votre odyssée peut donc commencer, impatients rablonautes. Alors, comme aimait à l’écrire Alcofribas en haut de ses frontispices :
« ΑΓΑΘΗ ΤΥΧΗ »3À la bonne fortune » (Agathè Tùkhê) ou en ukrainien : « Удачі », Oudatchi !
La vie très-horrificque
du grand gargantua,
père de pantagruel
Jadis composée par M. Alcofribas,
abstracteur de Quinte Essence.
Livre plein de Pantagruelisme4Edition François Juste, 1535. Version ukrainienne d’Anatole Perepadya, 2004.
Престрахолюдне житіє великого Ґарґантюа,
батька Пантаґрюеля
Написана во время оно магістром
Алькофрібасом, збирачем квінтесенці.
Книга ряснопантагрюелецвітна.5Видання Франсуа Жюста, 1535. Перекладено з середньофранцузької мови Анатолієм Перепадею, 2004.
Aux lecteurs
Amis lecteurs, qui ce livre lisez,
Despouillez vous de toute affection6Passion.;
Et, le lisant, ne vous scandalisez:
Il ne contient mal ne infection.
Vray est qu’icy peu de perfection
Vous apprendrez, si non en cas de rire;
Aultre argument7Sujet. ne peut mon cueur elire,
Voyant le dueil qui vous mine et consomme :
Mieulx est de ris que de larmes escripre8Ecrire,
Pour ce que rire est le propre de l’homme. 9La version de 1535 publiée par François Juste ajoute : « Vivez Joyeux »
❦
Tiré d’Aristote : ὁ ἄνθρωπος τῶν ζῴων γελᾷ, « parmi les animaux (ou les êtres animés), seul l’homme rit ».
Pour de nombreux philosophes, le rire est lié à l’intelligence, à la capacité de prendre du recul sur soi-même et sur le monde. Bergson voit dans le rire une fonction sociale corrigeant les comportements déviants et renforçant la cohésion du groupe.
Pour Rabelais, c’est aussi un instrument de critique sociale, politique et religieuse. Le rire permet de remettre en question les dogmes et d’ouvrir l’esprit à la réflexion.
Prologe de l’auteur
BEUVEURS tres-illustres, et vous, Verolez10Atteints de la grande vérole, la syphilis (mais sachant rire). tres-precieux (car à vous, non à aultres, sont dediez mes escriptz). Alcibiades, ou11Dans le. dialoge de Platon intitulé Le Bancquet, louant son precepteur Socrates, sans controverse prince des philosophes, entre aultres parolles le dict estre semblable es Silenes. 12Aux boîtes d’apothicaire anciennes, décorées de façon fantaisiste.
❦
Parodie des dédicaces sérieuses par laquelle le lecteur est invité à rire de lui-même, à dépasser les apparences pour chercher la joie et la sagesse.
Silenes13De Silène, compagnon de Dionysos (Bacchus), souvent représenté comme un vieil homme ivre, laid à l’extérieur, mais sage à l’intérieur. estoient jadis petites boites, telles que voyons de present es14Dans les. bouticques des apothecaires, pinctes au dessus de figures joyeuses et frivoles, comme de harpies, satyres, oysons bridez, lievres cornuz, canes bastées, boucqs volans, cerfz limonniers15Attelés à une voiture et aultres telles pinctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire (quel fut Silene, maistre du bon Bacchus); mais au dedans l’on reservoit les fines drogues comme baulme, ambre gris, amomon, musc, zivette, pierreries et aultres choses precieuses.
Tel disoit estre Socrates, parce que, le voyans au dehors et l’estimans par l’exteriore apparence, n’en eussiez donné un coupeau d’oignon, tant laid il estoit de corps et ridicule en son maintien, le nez pointu, le reguard d’un taureau, le visaige d’un fol, simple en meurs, rustiq en vestimens, pauvre de fortune, infortuné en femmes, inepte à tous offices de la republique, tousjours riant, toujours beuvant d’autant à un chascun, tousjours se guabelant16Se moquant, tousjours dissimulant son divin sçavoir; mais, ouvrans ceste boyte, eussiez au dedans trouvé une celeste17Allusion au guide intérieur « divin » que les néoplatoniciens prêtent à Socrate, certains le considèrent commeun prophète inspiré
par l’Esprit Saint. et impreciable18Inestimable. drogue: entendement plus que humain, vertus merveilleuse, couraige invincible, sobresse non pareille, contentement certain, asseurance parfaicte, deprisement19Détachement incroyable de tout ce pourquoy les humains tant veiglent, courent, travaillent, navigent et bataillent.
A quel propos, en voustre advis, tend ce prelude et coup d’essay?20Mise en train avant le « vrai » jeu. Par autant que vous, mes bons disciples, et quelques aultres foulz de sejour21Lecteurs distraits ou frivoles, ignorants superficiels, qui ne cherchent pas à comprendre, mais se contentent de la surface des choses. De séjour : oisifs, « en vacances ». Tournure rabelaisienne., lisans les joyeulx tiltres d’aulcuns livres de nostre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fessepinte22Ivrogne (« qui tape le cul des pintes »), La Dignité des Braguettes, Des Poys au lard cum commento23R. vise peut-être P. Lard, autrement dit Pierre Lombard (auteur de traités théologiques pour étudiants)., &c.24Les trois derniers ouvrages sont bien sûr imaginaires., jugez trop facillement ne estre au dedans traicté que mocqueries, folateries et menteries joyeuses, veu que l’ensigne exteriore (c’est le tiltre) sans plus avant enquerir est communement receu à derision et gaudisserie.25Joyeuseté.
Mais par telle legiereté ne convient estimer les oeuvres des humains. Car vous mesmes dictes que l’habit ne faict poinct le moyne26Expression ancienne, tirée du latin : habitus non facit monachum ou encore barba non facit philosophum. , et tel est vestu d’habit monachal, qui au dedans n’est rien moins que moyne, et tel est vestu de cappe Hespanole, qui en son couraige nullement affiert à Hespane. 27La cape espagnole du XVIe s. soulignait la silhouette masculine, renforçant l’impression de puissance et de contrôle de soi. La réputation militaire des « fiers Espagnols » était d’ailleurs proverbiale à cette époque.
C’est pourquoy fault ouvrir le livre et soigneusement peser ce que y est deduict. Lors congnoistrez que la drogue dedans contenue est bien d’aultre valeur que ne promettoit la boite, c’est-à-dire que les matieres icy traictées ne sont tant folastres comme le titre au-dessus pretendoit. Et, posé le cas qu’au sens literal vous trouvez matieres assez joyeuses et bien correspondentes au nom, toutes fois pas demourer là ne fault, comme au chant de Sirenes28Référence au passage de l’Odyssée, où Circé conseille à Ulysse de mettre les voiles…, ains29Mais. à plus hault sens interpreter ce que par adventure cuidiez dict en gayeté de cueur. 30Par divertissement.
Crochetastes vous oncques31Jamais. bouteilles? Caisgne !32Nom d’un chien! (littéralement : Chienne!) Reduisez à memoire la contenence qu’aviez. Mais veistes33Vîtes. vous oncques chien rencontrant quelque os medulare ?34Cette image de l’os à moelle avait été employée par Philippe Béroalde in Explication morale des symboles de Pythagore. C’est, comme dict Platon, lib. II de Rep., la beste du monde plus philosophe.
Si veu l’avez, vous avez peu noter de quelle devotion il le guette, de quel soing il le guarde, de quel ferveur il le tient, de quelle prudence il l’entomme, de quelle affection35Avec quelle passion. il le brise, et de quelle diligence il le sugce. Qui le induict à ce faire?36Qu’est-ce qui le pousse à faire cela? Quel est l’espoir de son estude? Quel bien pretend il? Rien plus qu’un peu de mouelle.
Vray est que ce peu plus est delicieux que le beaucoup de toutes aultres, pour ce que la mouelle est aliment elabouré à perfection de nature, comme dict Galen., III Facu. natural., et XI De usu parti.
A l’exemple d’icelluy vous convient estre saiges, pour fleurer37Flairer., sentir et estimer ces beaulx livres de haulte gresse38Savoureux., legiers au prochaz39A l’approche. et hardiz à la rencontre40A l’attaque.; puis, par curieuse leçon41Lecture soigneuse. et meditation frequente, rompre l’os et sugcer la sustantificque mouelle42C’est-à-dire que la lecture apportera au lecteur à la fois plaisir et profit, nourriture et médecine, festin et thérapie. — c’est-à-dire ce que j’entends par ces symboles Pythagoricques43Réputés initiatiques. — avecques espoir certain d’être faictz escors44Avisés. et preux à ladicte lecture; car en icelle bien aultre goust trouverez et doctrine plus absconce, laquelle vous revelera de très haultz sacremens et mysteres horrificques45Impressionnants., tant en ce que concerne nostre religion que aussi l’estat politicq46Vie de la cité. et vie œconomicque.47Domestique.
Croiez vous en vostre foy qu’oncques Homere, escrivent l’Iliade et Odyssée, pensast es allegories lesquelles de luy ont calfreté48Calfaté, plaqué. Plutarche, Heraclides Ponticq, Eustatie, Phornute, et ce que d’iceulx Politian49Politien, gloire de l’humanisme florentin. a desrobé?
Si le croiez, vous n’approchez ne de pieds ne de mains à mon opinion50Expression d’Erasme : adhérer totalement à une opinion., qui decrete icelles aussi peu avoir esté songées d’Homere que d’Ovide en ses Metamorphoses les sacremens de l’Evangile, lesquelz un Frere Lubin51Surnom générique du moine ivrogne, mais R. vise surtout des moines dominicains abusant de commentaires allégoriques, en premier lieu Thomas Walleys (qui voyait chez Ovide des symboles chrétiens) mais aussi Pierre Lavin et surtout Bersuire, incarnation du savant médiéval., vray croque lardon52Pique-assiette., s’est efforcé demonstrer, si d’adventure il rencontroit gens aussi folz que luy, et (comme dict le proverbe) couvercle digne du chaudron.
Si ne le croiez, quelle cause est pourquoy autant n’en ferez de ces joyeuses et nouvelles chronicques, combien que, les dictans, n’y pensasse en plus que vous, qui par adventure beviez comme moy? Car, à la composition de ce livre seigneurial, je ne perdiz ne emploiay oncques plus, ny aultre temps que celluy qui estoit estably à prendre ma refection corporelle, sçavoir est beuvant et mangeant.
Aussi est ce la juste heure d’escrire ces haultes matieres et sciences profundes, comme bien faire sçavoit Homere, paragon de tous philologes53Erudits., et Ennie54Quintus Ennius, le « père la poésie latine », trait d’union entre le vin et l’inspiraton poétique., pere des poetes latins, ainsi que tesmoigne Horace55Satire 1, 10 : Ennius, notre père à tous, ne se lançait jamais dans les combats poétiques qu’après avoir bu…, quoy qu’un malautru ait dict que ses carmes56Poèmes. sentoyent plus le vin que l’huille57Des lampes…. Autant en dict un tirelupin58« Mauvais bougre », ou bien faux-dévôt. Tiré de « turlupin » (hérétique du XIVe s. prônant une pauvreté radicale et des mœurs libres). Jeu de mot possible avec « lupin » (plante des gueux). Un mange-lupin, un gueux. Mais ce néologisme de R. demeure incertain. de mes livres; mais bren pour luy!59Littéralement : que la merde soit sur lui ! L’odeur du vin, ô combien plus est friant, riant, priant, plus celeste et delicieux que d’huille! Et prendray autant à gloire qu’on die de moy que plus en vin aye despendu60Dépensé. que en huyle, que fist Demosthenes, quand de luy on disoit que plus en huyle que en vin despendoit.
❦
La grandeur ne vient pas de l’effort stérile, mais de l’inspiration, de la joie, du partage. Rabelais y affirme la supériorité du vin (symbole de l’enthousiasme créateur) sur l’huile (symbole du laborieux), et se place ainsi dans la lignée des grands poètes inspirés, contre les censeurs et les esprits chagrins. Quant à l’interprétation des écrits antiques, Rabelais préfère un rapport plus libre, plus personnel et plus inventif au texte, opposé à la systématisation rigide des moralisateurs comme Bersuire (un frère Lubin).
A moy n’est que honneur et gloire d’estre dict et reputé bon gaultier61Bon vivant, ou bon garçon. et bon compaignon, et en ce nom suis bien venu en toutes bonnes compaignies de Pantagruelistes. 62Chez les adeptes de Pantagruel, le terme « bon gautier » est valorisé : il ne désigne plus un simplet, mais à l’inverse un esprit libre, épicurien, amateur de plaisirs et de bonne compagnie.
A Demosthenes63Auteur des fameuses Philippiques contre les ambitions de Philippe II de Macédoine contre Athènes. fut reproché par un chagrin64Esprit chagrin : Pythéas, d’après Plutarque, âpre orateur qui s’en prenait à l’esprit de résistence de Démosthène (à ne pas confondre avec le grand explorateur Pythéas de Marseille). que ses Oraisons sentoient comme la serpilliere d’un ord et sale huillier.65Pythéas se moqua un jour de Démosthène en disant que ses discours « sentaient la lampe » (allusion à son travail nocturne acharné). Démosthène répliqua sèchement : « Ta lampe et la mienne, Pythéas, ne voient pas les mêmes choses », soulignant ainsi la différence de leurs engagements. Pour tant, interpretez tous mes faictz et mes dictz en la perfectissime partie; ayez en reverence le cerveau caseiforme66« En forme de fromage ». Par ce terme pseudo-savant, R. moque les pédants et leur jargon scientifique ou médical, très à la mode à la Renaissance. qui vous paist67Nourrit de ces belles billes vezées68Paroles creuses, litt. « boyaux gonflés » en poitevin., et, à vostre povoir, tenez moy tousjours joyeux.
Or esbaudissez vous, mes amours, et guayement lisez le reste, tout à l’aise du corps, et au profit des reins!
Mais escoutez, vietz d’azes69« Vits d’âne », couillons, ici terme affectueux., — que le maulubec vous trousque!70Que la peste vous ronge (s’il s’agit de la variole, la peste des boutons. Voir Gargantua, chapitre 13). Maulubec : mal de Lübeck, la peste. — vous soubvienne de boyre
à my pour la pareille : et je vous plegeray71Et je m’engage à vous rendre.
tout ares metys.72Sur-le-champ tout ce que vous mettrez (tournure conviviale occitane : Je vous rendrai la pareille chaque fois que vous me servirez à boire).
До читальника
Читальнику, що сів за книгу ти !
Тримай у жмені враження химерне
І, вчитуючись, носом не крути :
У ній нема ні злоби, ані скверни.
Нехай не все у книзі повнозерне,
Та знаєте — сказать сміховину
Такої я нагоди не мину,
А ще як бачу пику похоронну.
Хай сміх — не плач — панує на кону.
Сміятися ж судилось нам до скону.
Одавторове слово
МОЧЕМОРДИ преславнії і ви, шовкошитні ходячі пранці (вам-бо, а не кому іншому, присвячені мої писання). У Платоновому діалогові Бенкет Алківіяд, зохвалюючи свого учителя Сократа, от уже хто філософ над філософами, прирівнював його, між іншим, до силенів.
Силенами звалися колись шкатулки, їх ще й досі продають по аптеках, зверху на них понамальовувано кумедні й утішні фігурки, всяких там гарпій, сатирів, гусаків на загнузді, рогатих зайців, качок-в’ючаків, крилатих цапів, оленів у запрягу та інші прецікаві кунштики, понавигадувані, аби людей веселити (чим і займався Силен, доброго Бахуса напутник), а всередині зберігалося дороге надіб’я, як-от бальзам, сіра амбра, амом, мускус, цибет, потовчені в порошок самоцвіти та інші коштовності.
Такий, як запевняв Алківіяд, був і Сократ: на вулиці оцінюючи його зовнішність, ви не дали б за нього щербатого мідяка, такий він був із себе препоганий і манерами неоковирний: ніс кирпою, погляд сторч, вираз на обличчі якийсь пришелепкуватий, поведенція простацька, убрання убоге, жив він біду прикупивши, з жінками сварився, служити ніде не міг, охочий був жартувати, не проливав, любив підшкильнути, а все, щоб приховати божисту свою мудрість. Але як ви шкатулу цю відкриєте, то всередині знайдете небесний, многоцінний надіб: дотепність просто-таки надлюдську, чесноту дивовижну, звагу нездоланну, тверезість неподобну, життєлюбство незнищенне, гарт непохитний, а крім того, цілковиту зневагу до всього, ради чого рід людський стільки дбає, бігає, гарує, мандрує і воює.
На що, по-вашому, б’є оце переднє слово і моя засторога? А ось на що, учнівство моє дороге та інше гультяйство! Читаючи цікаві назви деяких книжок мого компонування, скажімо, Ґарґантюа, Пантаґрюель, Феспент, Про вигоду гульфиків, Горох у салі cum commento733 додатком (латин.) тощо, ви поспішаєте вивести, що в цих творах ідеться лише про курзу-верзу, гиль-гуси та всякі інші веселі побрехеньки, тим-то заледве побачивши щось на сорочці (себто на титулі), але ще не втямивши що й до чого, ви вже ладні реготати і потішатися.
Одначе людські витвори не заслуговують, щоб їх так легковажили. Ви ж бо самі кажете, що не всяк чернець, на кому клобук, що в декого на нозі сап’ян рипить, а в борщі трясця кипить, і що на тому хоть і плащ гишпанський, але гишпанської доблести в ньому нема і в заводі.
Отож розгорніть сюю книжчину і гарненько зважте, про що в ній мова мовиться. Тоді ви зрозумієте, що надіб’я, яке вона містить, зовсім не те, яке прирікала шкатулка, іншими словами, речі, що тут викладаються, не такі вже й безрозумні, як можна подумати, читаючи заголовок. І хай навіть достеменно ви знайдете тут речі кумедні й цілком відповідні заголовку, а все ж вух не розвішуйте, слухаючи співу сирен, а ставте куди вище все те, що я, як може вам здатися, ляпнув з дурного розуму.
Чи ви пляшку коли відкубрювали? Хай ти сказишся! Згадайте, яка це втіха. А чи бачили ви собацюру, який знайшов шпикову кістку? За Платоновим твердженням (lib. II de Rep.)74У книзі II Про державу (латин.), собака серед тварин найбільший філософ.
Якщо ви бачили, то, мабуть, помітили, як святобливо оберігає він цю кістку, як ревно її ховає, як міцно тримає, як обережно бере зубами, як смачно трощить, як щиро висмоктує. З якої речі він так робить? Чого він сподівається? Чого домагається? А нічого, крім дещиці шпику.
Щоправда, ця дещиця над усе смачніша, бо шпик, мозочок — найкраща, яка тільки є на світі, пожива (за свідченням Галена III Facu. natural, і XI De usu parti).75У книзі III Про сили природні та в книзі XI Про призначення частин тіла (латин.)
Взором того собацюри ви мусите бути мудрі, аби винюшити, зачути й поцінувати ці прегарні й смаковиті книги, бути навальні у гонах і сміливі у хватці. Відтак по горливому читанню і зрілій розвазі треба розгризти кістку і висисати шпик, себто те, що я називаю пітагорійськими символами, і тоді знайте: читання вас покріпить і напоумить, бо тут вам відкриється геть-то інший дух і зовсім нова наука, щоб утаємничити вас у великі секрети і моторошні тайнощі, пов’язані з нашою вірою, політикою і побутом.
Невже ви справді гадаєте, ніби Гомер, Іліаду та Одисею пишучи, думав про ті алегорії, які йому приписали Плутарх, Гераклід Понтійський, Евстатій, Корнут і які потім у них перекрав Поліціано?
Якщо вам саме так здається, тоді нам не по руці; як на мене, про ті алегорії Гомер дбав не більше, ніж Овідій у своїх Метаморфозах про євангельські дари, і хоч би скільки один братчик, дурноверхий чорноризець, усесвітній підніжок доводив, що це не так, усе ж, як каже приказка, нема дурних.
А як ви міркуєте інакше, то з якої речі ви це робите і чом би вам тоді не зробити того самого з приводу моїх веселих і небуденних хронік, я ж бо, мережачи їх, був думкою за тридев’ять земель, як і ви, а вашим, як і нашим, гадаю, чарчина ворочається. Бо на компонування сієї царственої книги я приділив не більше часу, ніж на латання здоров’я, тобто питву і їдлу.
Чи не пора писати про такі високі матерії і про такі глибокі питання, як у ній, так, це вже показав нам Гомер, цей філолог над філологами, а також Енній, цей, за свідченням того ж таки Горація, батько поетів-латинян, дарма що якийсь недоумок ляпнув був, що його вірші тхнуть вином, а не єлеєм. Те саме заявив про мої книги один зоїл — хай йому грець! Йому й не втямки, що вино пахне куди смачніше, солодше, спокусливіше, бадьоріше і тонше, ніж якийсь там єлей! І як про мене піде слава, що на вино я трачу більше, ніж на оливу, я загордію, не кажи той Демостен, коли про нього подейкували, що він оливник, а не виник.
Мені це честь і похвала, коли мене узивають почарківцем і скляного бога поклонником, з таким ім’ям мені залюбки наллють у будь-якому гурті пантаґрюелістів.
Демостенові хтось закинув те, що від його Промов тхне, як від засмальцьованого і брудного хвартуха олійника. Ну, а ви тлумачте мої вчинки і мої речення в якнайкращий бік, шануйте сироподібний мій мозок, як хочете почути щось прецікаве, і підтримуйте по змозі мою веселість.
Отож веселіться, кохані мої, і втішайтеся, читаючи подальші сторінки, на здоров’я тілові, на пожиток ниркам!
Але дивіться, сучі сини — ну сіло ік
лихій годині! — випийте за
мене, а я вас притьмом
підтримаю.
I – De la genealogie et antiquité de Gargantua
Je vous remectz à la grande chronicque Pantagrueline recongnoistre la genealogie et antiquité dont nous est venu Gargantua. 76Le fruit de la lignée, comme dans les romans de chevalerie.. En icelle vous entendrez plus au long comment les geands nasquirent en ce monde, et comment d’iceulx, par lignes directes, yssit77Sortit. Gargantua, pere de Pantagruel, et ne vous faschera si pour le present je m’en deporte78Abstiens, combien que la chose soit telle que, tant plus seroit remembrée79Rappelée., tant plus elle plairoit à vos Seigneuries; comme vous avez l’autorité de Platon, in Philebo et Gorgias, et de Flacce80Référence à Erasme., qui dict estre aulcuns propos, telz que ceulx cy sans doubte, qui plus sont delectables quand plus souvent sont redictz.
Pleust à Dieu qu’un chascun sceust aussi certainement sa geneallogie, depuis l’arche de Noë jusques à cest eage ! Je pense que plusieurs sont aujourd’huy empereurs, roys, ducz, princes et papes en la terre, lesquels sont descenduz de quelques porteurs de rogatons81Reliques destinées à demander l’aumône. et de coustretz82Cotrets, hottes de vendanges., comme, au rebours, plusieurs sont gueux de l’hostiaire, souffreteux et miserables, lesquelz sont descenduz de sang et ligne de grandz roys et empereurs, attendu l’admirable transport83Le « translatio imperii », concept politique au cœur du conflit franco-germanique au XVIe siècle. Une idéalisation des origines, fabriquée par des juristes et autres historiographes au service de François 1er. Source de maintes usurpations84. des regnes et empires :
des Assyriens es Medes,
des Medes es Perses,
des Perses es Macedones,
des Macedones es Romains,
des Romains es Grecz,
des Grecz es Françoys.85R. adhère aux prétentions de François Ier à l’empire pour contrer Charles Quint, notamment en Italie, sans toutefois prôner la guerre ou la domination. Voir Picrochole, antithèse des valeurs humanistes portées par Grandgousier et Gargantua. Pour l’auteur, il s’agit surtout de défendre, au moyen du rire, la souveraineté de la France, y compris vis-à-vis de Rome. Aujourd’hui on appelle cela le soft power, à l’époque on disait utile dolce, utile-doux en italien.
Et, pour vous donner à entendre de moy qui parle, je cuyde86J’imagine. que soye descendu de quelque riche roy ou prince au temps jadis; car oncques ne veistes87Jamais ne vîtes. homme qui eust plus grande affection88Passion. d’estre roy et riche que moy, affin de faire grand chere, pas ne travailler, poinct ne me soucier, et bien enrichir mes amys et tous gens de bien et de sçavoir. Mais en ce je me reconforte que en l’aultre monde je le seray, voyre plus grand que de present ne l’auseroye soubhaitter. Vous en telle ou meilleure pensée reconfortez vostre malheur, et beuvez fraiz, si faire se peut.
Retournant à noz moutons , je vous dictz que par don souverain des cieulx nous a esté reservée89Conservée. l’antiquité et geneallogie de Gargantua plus entiere que nulle aultre, exceptez celle du Messias, dont je ne parle, car il ne me appartient, aussi90Parce que. les diables (ce sont les calumniateurs91L’étymologie même de diable, en grec διάβολος (diábolos). et caffars92Hypocrites religieux.) se y opposent.
Et fut trouvée par Jean Audeau93Personnage fictif. Si le nom « Audeau » provient du germanique Eudes (Odo), synonyme de richesses, « Jean » évoque plutôt la simplicité. Ainsi la simplicité s’enrichit en découvrant un trésor. C’est le bon sens rural, populaire et naïf, source lui aussi de révélations savantes. en un pré qu’il avoit près l’arceau Gualeau94Probablement inventé. Du verbe « galer », faire la noce, offrant une touche joyeuse et populaire, peut-être même gauloise. Cette localité figure sur les cartes actuelles., au dessoubz de l’Olive95Une ferme?, tirant à Narsay96Lieu réel près de Chinon., duquel faisant lever97Curer. les fossez, toucherent les piocheurs de leurs marres98Houes de vigneron. un grand tombeau de bronze, long sans mesure, car oncques n’en trouverent le bout par ce qu’il entroit trop avant les excluses de Vienne. 99La Vienne n’est plus navigable de nos jours.
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En inventant des étymologies fictives, ou en utilisant des noms réels prêtant à interprétation comique, Rabelais moque la tendance de ses contemporains à surinterpréter les origines des mots, comme le faisaient les sophistes. L’humour réside dans l’écart entre la prétention savante et la trivialité délibérée des noms, reflétant l’ambivalence de l’auteur envers le savoir.
Icelluy ouvrans en certain lieu, signé100Marqué., au dessus, d’un goubelet à l’entour duquel estoit escript en lettres Ethrusques : HIC BIBITUR101Ici on boit en latin, trouverent neuf flaccons en tel ordre qu’on assiet102Aligne. les quilles en Guascoigne, desquelz celluy qui au mylieu estoit couvroit un gros, gras, grand, gris, joly, petit, moisy livret, plus, mais non mieulx sentent que roses.
En icelluy fut ladicte geneallogie trouvée, escripte au long de lettres cancelleresques103Lettres cursives de chancellerie (notamment pontificale) difficiles à déchifrer., non en papier, non en parchemin, non en cere, mais en escorce d’ulmeau104Ecorce d’ormeau., tant toutesfoys usées par vetusté qu’à poine en povoit on troys recognoistre de ranc.105« Qu’à peine pouvait-on en reconnaître trois d’affilée ».
Je (combien que indigne) y fuz appelé, et, à grand renfort de bezicles106Bésicles, lunettes., practicant l’art dont on peut lire lettres non apparentes, comme enseigne Aristoteles107Rien de tel chez Aristote!, la translatay, ainsi que veoir pourrez en Pantagruelisant, c’est-à-dire beuvans à gré et lisans les gestes horrificques de Pantagruel.
A la fin du livre estoit un petit traicté intitulé : Les Fanfreluches108Choses vaines, futiles, légères. antidotées. 109L’antidote étant ici une lecture attentive. Les ratz et blattes, ou (affin que je ne mente) aultres malignes bestes, avoient brousté le commencement; le reste j’ay cy dessoubz adjouté, par reverence de l’antiquaille.
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Ce passage interroge la fiabilité des textes anciens et la difficulté de transmettre le savoir à travers les siècles. En évoquant la perte d’une partie du traité, Rabelais rappelle que la connaissance est toujours incomplète, sujette à l’oubli, à la déformation, voire la destruction.
Про родовід і вікодавній корінь Ґарґантюйський
Тим, хто хоче походження і давній рід Ґарґантюйський знати, рекомендую великий Пантаґрюельський літопис. Він підкаже вам значно більше, звідки на цім світі взялися великолюди і як із їхнього безпосереднього коліна народився Ґарґантюа, батько Пантаґрюелів. А мені вже даруйте, що я утримаюсь про це розводитися, дарма що се предмет такий, що хоч скільки про нього товчи, він Вашому Добродійству не набридне: досить послатися на авторитет Платона з його Філебом і Ґорґієм та на Флакка, — той казав, що деякі вислови (як оце мої) стають од повтору для вуха любіші.
Дай Боже, щоб кожен отак добре знав свою генеалогію від Ноєвого ковчега до сьогодення! Як на мене, многі з теперішніх потужників, царів, дуків, принців і пап походять од якихось торгівців образками та кошельників і, навпаки, чимало хиренних і стражденних нищунів із приюту доводяться кревними і прямими нащадками великим королям та цезарям, якщо зважити, як швидко позаступали на престолах і царствах
ассирян мідяни,
мідян перси,
персів македоняни,
македонян римляни,
римлян греки,
греків французи.
Щодо мене самого, то я не інакше, як парость котрогось багатого царя чи вельможного принца, що жили во время оно, адже навряд щоб був на крузі земнім такий чоловік, який аж реґне110Прагне, рветься., як оце я, пошитися в королі чи в багачі, а все на те, щоб гуляти, буяти, ні про що не дбати і взолочувати своїх приятелів та всіх людей достойних і одукованих. Але я веселю себе тим, що в позасвітті вискочу вже на царя, та ще такого царственого, що й думкою не здумати. Отак і ви, а, може, ще краще, думкою багатійте у своїй мізерії, і пийте здорові, як охота.
До наших баранів вертаючись, скажу вам, що з призводу високих небес походження і родовід Ґарґантюйський дійшли до нас повнішими, ніж будь-які інші, поминаючи родовідну книгу Месії, але про неї — мовчок, бо тут не моє мелеться, до того ж іще й враги роду людського, себто обмовники й Гіппократи, всі як один проти таких згадок.
Книгу з родоводом Ґарґантюа знайшов Жан Одо на своєму лужку в закруті Ґюало, нижче Оливи, як повернути на Нарсе. Копачі на його загад чистили ями, і їхні лопати наткнулися на величезну бронзову усипальню, таку довженну, що до її краю так і не добралися, — склеп тягнувся кудись аж за в’єнські шлюзи.
Склеп наважилися відкрити там, де красувалося зображення кубка з написом етруськими літерами довкола нього: HIC BIBITUR111Тут п’ють (латин.), і знайшли дев’ятеро пляшок, поставлених так, як ґасконці ставлять скраклі, а під середньою плящиною — грубеньку, невкладисту, здоровецьку, ветху, гарненьку, маніпусіньку, цвілу книжчину, що пахла хоч і не пахкіше, але вочевидь міцніше від троянди.
Власне, то й була генеалогічна книга, написана від дошки до дошки курсивом, але не на папері, не на пергамені, не на повоскованих табличках, а на бересті, такому ветхому, що годі було щось розібрати.
Я (великогрішник) був туди закликаний і, озброївшися скельцями, пішов на ті хитрощі прочитання стертих літер, які підказав нам Арістотель, та й порозшифровував їх геть усі, що ви можете перевірити на собі, сівши пантагрюелювати, себто зазирати одним оком до чарки, а другим читати і перечитувати нотатки про страшелезні подвиги Пантагрюеля.
Наприкінці книжки містився невеличкий трактатик під титулом Фрашки-антидоти. Пацюки й таргани чи там (щоб не збрехати) які інші шкідники сгрубили її початок; решту я тут доточую, лише з пошани до антиків.
2 – Les Fanfreluches antidotées112« Bagatelles pourvues d’un remède », autrement dit une énigme, genre apprécié au
XVIe s., trouvées en un monument antique
^ venu le grand dompteur des Cimbres113Tribu germano-celte vaincue par Caius Marius dans la plaine du Pô.,
`* ssant par l’aer, de peur de la rousée.
*¡ sa venue on a remply les timbres de
¤ beurre fraiz, tombant par une housée. 114Voici venu le grand dompteur des Cimbres
Passant par l’air, de peur de la rosée,
A sa venue on a rempli les timbres (auges)
De beure frais, tombant par une ondée.
Duquel quand fut la grand mere arrousée,
Cria tout hault : « Hers115Seigneur (patois suisse)., par grace, pesche le116Prononcer « pêchel ».;
Car sa barbe est presque toute embousée
Ou pour le moins tenez luy une eschelle.
Aulcuns disoient que leicher sa pantoufle
Estoit meilleur que guaigner les pardons117Le pape, traficant d’indulgences. ;
Mais il survint un affecté Marroufle118Luther ?,
Sorti du creux ou l’on pesche aux gardons119Lac (suisse?),
Qui dict : « Messieurs, pour Dieu nous en gardons;
L’anguille y est et en cest estau120Boutique (papale?) musse121Se cache;
Là trouverez (si de près regardons)
Une grande tare122Défaut, vice caché. Allusion à « tiare », la couronne du pape. au fond de son aumusse ». 123Chaperon fourré des ecclésiastiques, capuche pouvant contenir des choses dissimulées.
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A travers cette parodie d’énigme, R. invite à la vigilance face aux fausses apparences et à ne pas se laisser duper par des pratiques religieuses ou sociales qui cachent souvent des intérêts moins nobles.
Quand fut au poinct de lire le chapitre,
On n’y trouva que les cornes d’un veau124Autrement dit pas grand chose, l’image vise l’érudition creuse et les gloses inutiles. :
« Je (disoit il) sens le fond de ma mitre
Si froid que autour me morfond le cerveau. »
On l’eschaufa d’un parfunct de naveau125Navet.,
Et fut content de soy tenir es atres,
Pourveu qu’on feist un limonnier noveau126Mais, réchauffé d’un parfum de navet, Il se contenta de rester près de l’âtre, Pourvu qu’on fit attelage nouveau Pour tant de gens qui sont acariâtres.
A tant de gens qui sont acariatres. 127Acharnés, autrement dit les fous furieux. De St Acaire, guérisseur des fous.
Leur propos fut du trou de sainct Patrice128Le « Purgatoire » de Saint Patrick en Irlande, lieu de pèlerinage médiéval censé être l’entrée du Purgatoire. Une énigme de Mellin de St-Gelais
comporte certaines analogies.,
De Gilbathar129Déformation sans doute volontaire., et de mille aultres trous130Allusion anatomique, mais aussi métaphore probable des abysses de l’âme humaine et de ses failles (physiques, morales ou sociales). Mellin de St-Gelais l’appelle Trou de la Sybille (Séville). :
S’on les pourroit réduire à cicatrice131Vaine tentative de dissimuler les vices par des faux-semblants.
Par tel moien que plus n’eussent la tous,
Veu qu’il sembloit impertinent à tous
Les veoir ainsi à chascun vent baisler;
Si d’adventure ilz estoient à poinct clous132Ironie. Comme si l’on pouvait « réparer » ces défauts comme on bouche un trou avec un clou.,
On les pourroit pour houstage bailler. 133Les Français retenus à Madrid par Charles Quint ?
En cest arrest134Jugement, arrêt. le courbeau fut pelé
Par Hercules, qui venoit de Libye.
Quoy ! dist Minos, que n’y suis-je appellé?
Excepté moy, tout le monde on convie,
Et puis l’on veult que passe mon envie
A les fournir d’huytres et de grenoilles;
Je donne au diable en quas que135Si jamais. de ma vie
Preigne à mercy136En pitié. leur vente de quenoilles. 137Quenouilles, outil de filage. Symbole ici d’activité futile ou dérisoire.
Pour les matter138Surveiller. survint Q. B. qui clope139Qui boitille (comme dans les initiales).,
Au sauconduit140Avec le laisser-passer? des mistes141Initiés, « mystes ». R. ironise au sujet des pédants qui se targuent de connaissances profondes. Sansonnetz. 142Etourneaux, autrement dit les moines Sansonnets (de St-Samson?).
Le tamiseur143Passeur de blé. Symbole de la raison éclairée qui « tamise » les abus ecclésiastiques ?, cousin du grand Cyclope,
Les massacra. Chascun mousche son nez144Fait le signe de croix? :
En ce gueret145« Bled ». peu de bougrins146Sodomites. sont nez,
Qu’on n’ait berné147Roulés, balancés. sus le moulin à tan.148Métaphore : instrument de supplice.
Courrez y tous et à l’arme sonnez :
Plus y aurez que n’y eustes antan.149Que l’an dernier.
Bien peu après, l’oyseau de Jupiter150L’Aigle impériale, symbole du pouvoir suprême.
Delibera pariser151Parier. pour le pire,
Mais, les voyant tant fort se despiter152S’affronter violemment (prononcer « despitèr »).,
Craignit qu’on mist ras, jus, bas, mat153Termes d’échecs médiévaux. Ras : Échec (menace directe), Jus : Abattre (capturer), Bas : Position inférieure (défaite), Mat : Échec et mat. l’empire,
Et mieulx ayma le feu du ciel empire154L’Empyrée, ciel des dieux, autrement dit : la fourdre divine.
Au tronc155Etal. ravir où l’on vend les soretz156Harengs-saures, par extension produits vulgaires.,
Que aer serain, contre qui l’on conspire,
Assubjectir es dictz des Massoretz. 157Interprètes juifs des Ecritures, fixateurs de la tradition textuelle hébraïque.
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L’aigle préfère déclencher la foudre divine (punition céleste) que de voir le pouvoir tomber aux mains de marchands ou de gens indignes (« tronc » = tronc d’église où l’on recueille l’argent, « soretz » = sortes de petits pains ou de monnaies, au sens figuré : les profits mesquins).
Il préfère garder la pureté du ciel (« aer serain ») plutôt que de se soumettre aux « dictz des Massoretz » (les Massorètes, savants juifs qui ont fixé le texte biblique, symbolisant ici la soumission à des lois ou traditions figées).
R. ironise sur l’idéal de justice universelle, captif des réalités (compromis politiques et religieux) et applique ce principe aussi bien à la tradition juive (Massorètes) qu’à la tradition chrétienne ou scolastique dans le reste de son œuvre.
Le tout conclud fut à poincte affilée,
Maulgré Até158Déesse grecque, semeuse de discorde. la cuisse heronniere159Comme celle d’un héron, image de décrépitude ou de faiblesse physique, voire de ridicule.,
Que là s’assist, voyant Pentasilée160Pennthélisée, reine des Amazones.
Sur ses vieux ans prinse pour cressonniere.
Chascun crioit : Vilaine charbonniere,
T’appartient-il toy trouver par chemin?
Tu la tolluz161Tu l’as prise. la Romaine baniere
Qu’on avoit faict au traict162Acte officiel. du parchemin !163La fameuse donation de Constantin ? Par ce faux, la papauté reçut l’imperium (autorité) sur l’Occident.
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Ce passage dénonce, par la satire et l’ironie, la prétention des puissants à monopoliser la légitimité (sociale, politique ou religieuse) et moque la fragilité des titres et privilèges fondés sur l’écrit ou la naissance. Il met en scène une inversion carnavalesque où la « vilaine charbonnière » s’empare du symbole du pouvoir, révélant la vacuité ou l’arbitraire de l’ordre social, et la possible subversion de l’ordre établi par ceux qui en sont exclus. La référence au « traict du parchemin » souligne enfin la distance entre la loi écrite et la réalité, thème récurrent de la littérature satirique de la Renaissance.
Ne fust Juno, que dessoubz l’arc celeste164Arc-en-ciel.
Avec son duc165Granc duc (ou Jupiter?) tendoit à la pipée166Attirer des oiseaux à l’aide d’un appelant (souvent un hibou ou un duc) pour les capturer plus facilement.,
On luy eust faict un tour si très moleste167Fâcheux.
Que de tous poincts elle eust esté frippée. 168Ridiculisée ou malmenée.
L’accord fut tel que d’icelle lippée169Becquée, festin, mais aussi ruse ou tromperie.
Elle en auroit deux oeufz170Récompense ambiguë, peut-être emposonnée. de Proserpine171Déesse des Enfers.,
Et, si jamais elle y estoit grippée172Prise au piège.,
On la lieroit173Enchaînerait. au mont de l’Albespine.174Aubépine, plante associée à la purification, à la frontière entre mondes, mais aussi à la punition dans certains récits populaires.
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R. propose une réflexion ironique sur la justice, le compromis et la condition des puissants, tout en offrant au lecteur un plaisir de décryptage et de connivence érudite. En somme, il s’agit d’un exemple typique de la littérature de la Renaissance, où la culture antique est réinventée dans un esprit de liberté, d’humour et de satire.
Sept moys après, houstez en vingt et deux175Petit jeu de dates dans le style des manuscripts codés.,
Cil qui jadis anihila Carthage176Scipion, symbole de puissance, également lié aux questions de l’héritage et de partage des richesses après la victoire.
Courtoysement se mist en mylieu d’eux,
Les requerent d’avoir son heritage,
Ou bien qu’on feist justement le partage
Selon la loy que l’on tire au rivet177Répartition juste et mécanique.,
Distribuent un tatin du potage178Une part de la « soupe ».
A ses facquins qui firent le brevet.179Acte.
Mais l’an viendra, signé d’un arc turquoys180Oriental. Signe céleste annonciateur de bouleversements.,
De V. fuseaulx et troys culz de marmite181Formule humouristique imitant les prophéties.,
Onquel le dos d’un roy trop peu courtoys
Poyvré182Syphilitique, vérolé. sera soubz un habit d’hermite. 183Charles Quint ?
O la pitié ! Pour une chattemite184Un hyprocrite.
Laisserez vous engouffrer tant d’arpens?185Vastes territoires.
Cessez, cessez; ce masque nul n’imite;
Retirez vous au frere des Serpens.186Satan ?
C’est an passé187Le temps est venu., cil qui est188Celui qui est : Dieu. regnera
Paisiblement avec ses bons amis.
Ny brusq189Brutalité. ny smach190Violence, choc. lors ne dominera;
Tout bon vouloir aura son compromis,
Et le solas191Réconfort., qui jadis fut promis
Es gens du ciel192Chrétiens, justes, élus. , viendra en son befroy193Tour, symbole de pouvoir et de sûreté.;
Lors les haratz194Braves, chevaliers, ou bien hérauts (messagers)., qui estoient estommis195Découragés, écartés.,
Triumpheront en royal palefroy. 196Cheval noble, symbole de victoire et de noblesse.
Et durera ce temps de passe passe
Jusques à tant que Mars ayt les empas.197Fers.
Puis en viendra un198Jésus ? qui tous aultres passe,
Delitieux, plaisant, beau sans compas.199Sans comparaison possible, naturellement parfait.
Levez vos cueurs200Sursum corda ! de la messe en latin., tendez à ce repas201Festin symbolique.,
Tous mes feaulx202Fidèles., car tel est trespassé
Qui pour tout bien203« Tout l’or du monde ». ne retourneroit pas,
Tant sera lors clamé204Regretté. le temps passé.
Finablement, celluy qui fut de cire205Métaphore de la fragilité, de la malléabilité, ou de la faiblesse.
Sera logé206Placé. au gond du Jacquemart. 207Automate ou figure mécanique qui frappe les heures sur une cloche dans les beffrois. Autrement dit, « sera placé au milieu du mécanisme, deviendra partie intégrante de la machine (du destin, du temps, de la société)..
Plus ne sera reclamé : « Cyre, Cyre »,
Le brimbaleur208Celui qui fait bouger, qui agite. qui tient le cocquemart.209Bâton.
Heu, qui pourroit saisir son braquemart210Bâton, mais aussi membre en érection. « Ah, si quelqu’un pouvait saisir/maîtriser son sexe/son épée) ».,
Toust seroient netz les tintouins cabus211Tous les gros tracas seraient envolés.,
Et pourroit on, à fil de poulemart212A l’aide de cordage.,
Tout baffouer213Ficeler / ou tourner en ridicule. le maguazin d’abus.214L’Eglise, la société, l’idéologie dominante, &c.
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Autrement dit, celui qui était fragile ou malléable (de cire) finit absorbé par le grand mécanisme du temps (le Jacquemart), et plus personne ne l’appelle ou réclame. Le temps continue de tourner, indifférent à la disparition des individus. R. invite ainsi le lecteur à ne pas se laisser abuser par le vacarme superficiel (les « tintouins »), ni par les soucis cachés (les « cabus »), mais à chercher le sens profond, la « fine drogue » du texte, et à se débarrasser des illusions par la raison et l’esprit critique.
Фрашки-антидоти,
на давніх руїнах
знайдені
…це він, хто подолав кімврійську силу,
Не зароситись щоб, летить, як змій.
Узрівши це, люд розлива в барила
Потоками духмянистий олій.
Одна лиш бабця, стало страшно їй,
Кричить вона: «О Боже милостивий!
Драбину! Чи ловіть його мерщій!
Адже зробився він такий дрисливий!»
Слід капець лиш йому поцілувати,
— Хтось міркував, — і тим перепросить.
Та ось явився тип шахраюватий
З країв, де ловлять краснопірку й пліть,
І проказав: «Господь вас хай хранить!
Нечисте щось таїться перед вами.
Отож остерігайтеся, щоб гидь
Не випливла раптово десь із ями».
Ба глузду в цьому розділі прехитрім
Десь стільки, скільки у теляти ріг :
«Я чую, — гість промовив, — як у митрі
Від холоду мій мозок геть застиг».
Та при вогні, від токів запашних
Розвареної брукви вгрівся скоро,
Радіючи, що дурнів, знову їх,
Вбирає, як голоблеників, в шори.
Про Патрика святого йшлося щілку,
Про Ґібралтар і сотні інших дір.
Коли б вони загоїлись настільки,
Що перестали ображати зір
І вже б не дихали на нас з тих пір
Страшним сопухом земляного газу,
От ми тоді закрили б їх, повір,
І здать в оренду вирішили б зразу.
Відтак прийшов обскубувати крука
Геракл з лівійських негостинних піль.
«Ти бач! — гукнув Мінос сердитим гуком, —
Крім мене, в вас тут гості звідусіль!
По-їхньому, у мене тільки й діл,
Що жаб і устриць їм на стіл носити!
Якщо я дам їм продавать кужіль,
Хай сатана мене візьме неситий!»
Прибув уговкать їх К. Б. кульгавий,
І перепустку від шпаків приніс.
Свояк Циклопа, цей чухрай на славу,
Убив їх. Кожен висякай свій ніс!
І всякого з содому цих гульвіс
Обсміяно було на винотоці.
Біжіть туди і роздзвоніте скрізь:
Їх буде більше, ніж у тому році.
Тоді Юпітера рішила птиця
Побитись у заклад, але — гай-гай!
Побачивши, як звикли вони злиться,
Злякалась, що упасти може рай.
Зате вогонь небесний — наших знай! —
Украла з гаю, у рибалок десь там,
І ввесь взяла в обладу небокрай,
Як в давнину учили масорети.
Всі згодились, начхати їм на теє,
Що Ата там була, її охлялий зад,
І видалася їм Пентесілея
Бабусею, що продає салат.
Гукав їй кожен: «Забирайсь назад,
Потворо! Більше не підходь до мене!
Це ж треба було підступом узять
У римлян їхній стяг з веленя!»
Юнона з пугачем-вабцем окатим
З-за хмар на птахів зирила униз.
Таку зуміли з нею штуку вдрати,
Що позбулась вона усяких риз.
Вона устигла — шпичку їй у ніс —
Лиш два яйця забрати в Прозерпіни,
А то за неї дружно б узялись
І на горі припнули б до ґлодини.
Через сім місяців (а, може, й більше)
Солдат, що Картаген підбив до ніг,
Спокійно в їхній круг ступивши,
Свої маєтки повернути міг,
Чи поділить належним чином їх
Рівненько, як стібки завжди однакі,
Як суп, розлитий під веселий сміх
Вантажникам у їх порожні баки.
Та самострілом, дном порожнім гарнця
І прядками відзначиться цей рік,
Коли згризуть під горностаєм пранці
Цареві тіло все його і лик.
Невже через святенницю повік
Арпанів стільки має тут пропасти?
Облиште! Ваша маска для калік,
Тікайте! Згубить вас цей брат зміястий.
А добіжить цей рік до краю скоро,
На землю зійдуть мир і тишина.
Минуться ґвалт, образи і роздори,
А честь — у шані буде вже вона.
І радість, що у заповідь дана
Насельникам небес, зійде на вежу.
І з волі царственого скакуна
Стражденник запанує як належить.
Часи ці протривають, аж допоки
Прикутий Марс на ланцюгу сидить.
А потім прийде муж веселоокий,
Над усіма найкращий миловид.
Радій же і лови, друзяко, мить,
Бо тим, що душу віддали вже Богу,
Даремно за минулим їм жаліть,
Назад не відшукати їм дороги.
І зрештою того, хто був із воску,
Повісити взялись на жакемар.
А звати паном навіть підголоски
Тебе не стануть, якщо ти дзвонар.
Ех, коли б шаблею відбить його удар,
То зайві стали б хитрі визворотки,
Тоді зав’язуй без усяких свар
Всі прикрощі одним кінцем коротким.
3 – Comment Gargantua fut unze moys porté ou ventre de sa mere
Grandgousier215Grand gosier (goinfre). estoit bon raillard216Plaisant compère. en son temps, aymant à boyre net217Cul sec. autant que homme qui pour lors fust au monde, et mangeoit voluntiers salé. 218Allusion à Pantagruel, démon qui donne soif. A ceste fin, avoit ordinairement bonne munition de jambons de Magence et de Baionne, force langues de beuf fumées, abondance de andouilles en la saison et beuf sallé à la moustarde, renfort de boutargues219« Caviar » provençal., provision de saulcisses, non de Bouloigne220Bologne. (car il craignoit ly221« Le » dit à l’ancienne. Couleur archaïque. boucon222Poison (la Lombardie étant réputée pour les empoisonnements à cette époque). De « boccone » ou pillule en italien. de Lombard), mais de Bigorre, de Lonquaulnay, de la Brene et de Rouargue.
En son eage virile, espousa Gargamelle223« Gosier » au sens propre., fille du roy des Parpaillos224Sauvages mythiques (Papillons) réputés antichrétiens. Plus tard surnom des protestants., belle gouge225Belle nana. et de bonne troigne, et faisoient eux deux souvent ensemble la beste à deux doz, joyeusement se frotans leur lard, tant qu’elle engroissa d’un beau filz et le porta jusques à l’unziesme moys. 226La question était réelle, d’ailleurs le fameux juriste et ami de Rabelais, André Tiraqueau, en traite dans ses écrits. Voir le personnage de Trinquamelle.
Car autant, voire dadvantage, peuvent les femmes ventre porter, mesmement quand c’est quelque chef d’oeuvre et personnage que doibve en son temps faire grandes prouesses, comme dict Homere que l’enfant duquel Neptune engroissa la nymphe227Tyro. nasquit l’an après revolu : ce fut le douziesme moys. Car (comme dit A. Gelle, lib III), ce long temps convenoit à la majesté de Neptune, affin qu’en icelluy l’enfant feust formé à perfection.
A pareille raison, Jupiter feist durer XVLIII heures22848 heures. la nuyct qu’il coucha avecques Alcmene, car en moins de temps n’eust il peu forger Hercules qui nettoia le monde de monstres et tyrans.
Messieurs les anciens Pantagruelistes ont conformé ce que je dis et ont declairé non seulement possible, mais aussi legitime, l’enfant né de femme l’unziesme moys après la mort de son mary:
Hippocrates, lib De alimento,
Pline, li. VII, cap. V,
Plaute, in Cistellaria,
Marcus Varro, en la satyre inscripte Le Testament, allegant l’autorité d’Aristoteles à ce propos, Censorinus, li. De die natali,
Aristoteles, libr. VII, capi. III et IIII, De nat. animalium,
Gellius, li. III, ca. XVI
Servius, in Egl., exposant ce metre de Virgile: Matri longa decem, etc. ,
et mille aultres folz; le nombre desquelz a esté par les legistes acreu, ff. De suis et legit., l. Intestato, §fi., et, in Autent., De restitut. et ea que parit in XI mense. D’abondant229Par surcroît. en ont chaffourré230Barbouillé, bourré. leur robidilardicque231Néologisme de R. fondé sur rodilardus (ronge-lard, rat) et rober (dérober) à quoi s’ajoute « robe », attribut des docteurs de la Sorbonne. loy : Gallus, ff. De lib et posthu., et l. septimo ff. De stat. homi, et quelques aultres, que pour le present dire n’ause. Moiennans lesquelles loys, les femmes vefves peuvent franchement jouer du serrecropiere232« Serrer la croupière » (image équestre). à tous enviz et toutes restes233A tous défis et en risquant tout (termes de jeu, « tenter le tout pour le tout »)., deux moys après le trespas de leurs mariz.
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R. se moque ici de la tendance des docteurs à multiplier les règles, à complexifier la loi jusqu’à l’absurde, à force de jargon et de gloses inutiles. Le mot « robidilardicque » est une caricature du langage pédant, renvoyant à l’accoutrement (la robe) et à l’attitude des universitaires de l’époque.
Je vous prie par grace, vous aultres mes bons averlans234Mes bons lascars., si d’icelles en trouvez que vaillent le desbraguetter235Qui méritent qu’on ouvre sa braguette., montez dessus et me les amenez. Car, si au troisiesme moys elles engroissent, leur fruict sera heritier du deffunct; et, la groisse congneue236Une fois la grossesse connue., poussent hardiment oultre, et vogue la gualée puis que la panse est pleine ! — comme Julie, fille de l’empereur Octavian237Propos de table, en l’occurence chez Macrobe et plus haut chez Aulu-Gelle sur le meilleur moment pour une infidélité, à savoir une grossesse. Voir la « Querelle des femmes » dans le Tiers Livre., ne se abandonnoit à ses taboureurs238Tambourineurs. sinon quand elle se sentoit grosse, à la forme que la navire ne reçoit son pilot que premierement ne soit callafatée et chargée. 239Métaphore grivoise.
Et, si personne les blasme de soy faire rataconniculer240Néologisme de R. composé du verbe rataconner (raccommoder) et « cunis« , le « con ». ainsi suz leur groisse, veu que les bestes suz leur ventrées n’endurent jamais le masle masculant241Vu que les bêtes pleines ne se livrent jamais au mâle en rut., elles responderont que ce sont bestes, mais elles sont femmes, bien entendentes les beaulx et joyeux menuz droictz de superfection242Ou « siperfetation », plusieurs grossesses à la suite, ou fécondation se produisant chez une femelle qui porte déjà un fœtus., comme jadis respondit Populie, selon le raport de Macrobe, li. II Saturnal. Si le diavol ne veult qu’elles engroissent, il fauldra tortre le douzil243Tourner la « chevillette » (bouche-trou, robinet en tonnellerie)., et bouche clouse. 244Bouche cousue.
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Dans ce passage (un des plus « risqués » du roman) les femmes sont présentées comme expertes dans l’art d’aimer et de jouir. Rabelais leur donne une voix, les oppose aux bêtes, et justifie leur comportement par l’intelligence et la culture. Ce passage fait partie du roman dans toutes les éditions publiées ou non sous pseudonyme chez François Juste.
La pirouette finale dénonce l’hypocrisie des normes qui brident le désir : si la société ou le diable s’opposent à la liberté sexuelle des femmes, il ne reste qu’à se satisfaire soi-même, et la fermer !
Як мати Ґарґантюа виношувала його аж одинадцять місяців
Колись-то з Ґранґузьє був добрий паливода, тоді звичаєм його краю він добре пінної лигав і заїдав смачненько соленим. Для цього він припасав чимало майнцької і бойонської шинки, здобіль вуджених язиків бичачих, а про зиму силу-силенну ковбас, багацько солонини з муштардою, а ще в нього водився провансальський кав’яр і сосиски, але не болонські (він боявся ломбардської отрути), а бігоррські, лонгенайські, бренські і руарзькі.
Уже в літах одружився він з Ґарґамеллою, мотилькоцького царя донькою, дівчиною показною і гожою, і часто вони творили разом звіра з двома спинами, веселенько човгаючись одне на одному своїм салом, від чого жінка зайшла на доброго сина і носила його аж одинадцять місяців.
Бачте, носити аж стільки, ба навіть іще більше, жінки цілком здатні, надто як ношено когось небувалого, незвичайного, на кого великі справи чекають. Так, Гомер свідок: дитина, якою зачереватіла від Нептуна німфа, народилася через рік, тобто через дванадцять місяців. Бо (як мовить Авл Ґеллій, lib. III245У книзі III (латин.)) тривалий цей реченець достоту відповідав Нептуновій величі: Нептунове дитятко лише за такий період і могло остаточно сформуватися.
З цього ж таки приводу Юпітер подовжив ніч, проведену з Алкменою, до сорока восьми годин, бо за коротший час він навряд щоби склепав Геркулеса, який очистив світ від страховищ і тиранів.
Панове давні пантагрюелісти потверджують сказане мною і заявляють, що дитина, сплоджена жінкою через одинадцять місяців по мужевій смерті, не тільки можлива, а й цілком законна:
Гіппократ, lib. De alimento246Книга Про страву (латин.),
Плінній, li. VII, cap. V247Книга VII, розділ V (латин).,
Плавт, in Cistellaria248Комедія про шкатулку (латин.),
Марк Веррон у сатирі Духівниця з відповідними посиланнями на Арістотеля,
Цензорин li. De die natali249Книга Про день народження (латин.),
Арістотель libr. VII, сарі. III і IV, De nat. animalium250Книга VII, розділи III і IV, Про при(роду) тварин (латин.),
Ґеллій, li. III cap. XVI.251Книга III, розділ XVI (латин.)
Сервій у Коментарях до Еклоґ, тлумачачи Верґіліїв вірш: Matri longa decern, тощо252Матері довгії десять
та безліч інших божевільників, чия кількість зросте, як до них прилучити ще й законників: ff. De suis et legit., a також: l. Intestato, § fi., і, in Autent., De restitut. et ea que parit in XI Mense. 253Диґести Про своїх і законних, закон «Тому, хто не залишив духівниці», параграф 13… Новели про відновлення у правах і про ту, що розроджується на одинадцятому місяці (латин.) Нарешті було спроворено з цього приводу посіпацький закон: Gallus, ff. De lib. et posthu. et l. septimo ff. De stat. homi.254Ґалл, Диґести, Про дітей і посмертних спадкоємців і Диґести Про стан людей, закон «На сьомому (місяці)» (латин.), і ще я міг би навести інші закони, якби стало мені на це духу. За підмогою таких законів удовички можуть вільно пускатися берега цілі два місяці по тому, як їхній муж сконає.
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В оригіналі, нижчеподаний текст доволі вільно говорить про жіночу сексуальність і вагітність ; він належить до найсміливіших уривків роману, і хоча цей уривок присутній у всіх виданнях Франсуа Жюста, в українському перекладі його немає.
В рос. перекладі В. Пяста, уривок присутній, у Любимова – відсутній. В інших класичних перекладах, напр. у Urquhart і Motteux, (анг.), Gildo Passini (іта.) та інших, – уривок присутній.
4 – Comment Gargamelle, estant grosse de Gargantua, mangea grand planté de tripes
Як уже черевата Ґарґантюа об’їлася Ґарґамелла утрібкою
L’occasion et maniere comment Gargamelle enfanta fut telle, et, si ne le croyez, le fondement vous escappe !
Le fondement luy escappoit255Allusion à une diarrhée ou à un prolapsus rectal. une après dinée, le IIIe jour de febvrier256Le 3 février, jour de la saint Blaise, patron des maçons et des maux de gorge, figure carnavalesque et « souffle » (pneuma, esprit). Thèmes cher aux ésotéristes chrétiens, tels Pic de la Mirandole et Marsile Ficin. Rabelais baigne dans ce climat intellectuel, même s’il ne cite jamais leur nom. L’iconographie médiévale de St Blaise inspirera du reste les rites maçonniques ultérieurs, notamment leur rapport à la gorge., par trop avoir mangé de gaudebillaux. 257Tripes à la mode de Caen, mais de Chinon (tripes grasses de bœufs engraissés). Gaudebilleaux sont grasses tripes de coiraux. Coiraux sont beufz engressez à la creche et prez guimaulx. Prez guimaulx sont qui portent herbe deux fois l’an. D’iceulx graz beufz avoient faict tuer troys cens soixante sept mille et quatorze, pour estre à mardy gras sallez, affin qu’en la prime vere ilz eussent beuf de saison à tas pour, au commencement des repastz, faire commemorations258Prières, oraison rappelant la vie d’un saint. de saleures et mieulx entrer en vin.259Entrer en vin : commencer à boire.
Les tripes furent copieuses, comme entendez, et tant friandes estoient que chascun en leichoit ses doigtz. Mais la grande diablerie à quatre personnaiges260Scène complexe à quatre diables, difficile à suivre. estoit bien en ce que possible n’estoit longuement les reserver, car elles feussent pourries. Ce que sembloit indecent. Dont fut conclud qu’ils les bauffreroient sans rien y perdre. A ce faire convierent tous les citadins de Sainnais, de Suillé, de la Roche Clermaud, de Vaugaudray, sans laisser arrieres le Coudray Montpensier, le Gué de Vede et aultres voisins261Lieux entourant la Devinière. Grangousier est donc censé habiter la ferme des Rabelais., tous bons beveurs, bons compaignons, et beaulx joueurs de quille là. 262Probablement un refrain de chanson à boire. Allusion certainement grivoise.
Le bonhomme Grandgousier y prenoit plaisir bien grand et commendoit que tout allast par escuelles. 263Une écuelle était normalement servie pour deux personnes, ici pour une seule. Disoit toutesfoys à sa femme qu’elle en mangeast le moins, veu qu’elle aprochoit de son terme et que ceste tripaille n’estoit viande264Nourriture. moult louable : — Celluy (disoit il) a grande envie de mascher merde, qui d’icelle le sac mangeue.265« Celui qui en mange le sac ». Cette manière de conjuguer le verbe manger était déjà archaïque au temps de R. Non obstant ces remonstrances, elle en mangea seze muiz, deux bussars et six tupins.266Muid de vin (barrique de 268 litres), bussard (à peu près pareil), tupin (pot). O belle matiere fecale que doivoit boursouffler en elle !
Après disner, tous allerent pelle melle à la Saulsaie267Prairie au bas de la Devinière, maison natale de Rabelais., et là, sus l’herbe drue, dancerent au son des joyeux flageolletz et doulces cornemuzes tant baudement268Allègrement. que c’estoit passetemps celeste les veoir ainsi soy rigouller.
Ось за яких обставин і як саме розродилася Ґарґамелла, — а не вірите, хай випаде вам кишка!
А в Ґарґамелли кишка випала по обіді, третього лютого, бо вона переїлася ґодбійо. Ґодбійо — це хляки тлустих ґімо. Ґімо — це лужки, де за літо бувають дві косовиці. Отож, забито триста шістдесят сім тисяч чотирнадцять таких тлустих воликів і задумано на Масницю їх засолити: тоді м’яса стане ще й на весну і можна буде перед трапезою посолонцювати, а посолонцюєш, то й на вино потягне.
Скинбеями, як бачите, зафундувалися, та такими смаковитими, що кожен їдець ще й пальці собі облизував. Та от, трясця твоїй матері, утрібки довго не пролежать, вони починають духу набиратися. А це вже казна-що! Тим-то й тужилися ум’яти геть усе, щоб таке добро не пропадало. З цією метою поскликали сеннейців, сюєїв, рошклермонців, вогодрейців, не забувши і про кудремонпансьєнців, ведебродців та інших сусідів, і всі вони голова в голову були чаркодуї, гольтіпаки і бабодури.
От добряга Ґранґузьє і закликав кожного пригощатися від пуза. Тільки дружині, тій він сказав, щоб не напихалася, бо вона вже на останніх днях, а утрібка — скоромина. — У кишках чимало гівна і без клишок, — вирік він. Але попри всі застороги, Ґарґамелла уперла цих клишок шістнадцять бочок, два барильця і шість кухв. Та й обдуло ж її потім від цієї щедрої фекальної маси!
По обіді всі вальнули гуртом у Сольсе і там, на густій траві, під музику веселих жоломійок та ніжних козиць погналися у танець, і загуляли так, що любота було глянути.
5 – Les propos des bien-yvres
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Ce chapitre V, créé dans la version de 1542, était à l’origine inclus dans le chapitre IV de la version 1534. Il fonctionne comme une farce polyphonique, où chaque voix incarne un type social, une fonction ou une caricature, dans un grand chœur carnavalesque célébrant la beuverie, la parole et la satire des mœurs.
Il y a les buveurs anonymes (personnages collectifs), des figures professionnelles et sociales, des personnages allégoriques ou philosophiques, des personnages féminins, des personnages d’autorité ou figures d’appel à l’ordre, des personnages érudits ou parodiques, jusqu’à des figures animales et des objets personnifiés.
Puis entrerent en propos269Décidèrent. de resieuner270Goûter, se restaurer de nouveau (en poitevin). on propre lieu. 271Sur place, ou dans un endroit convenable ? Lors flaccons d’aller, jambons de troter, goubeletz de voler, breusses de tinter272Brocs à vin résonnant lors des toasts. :
— Tire !273Verse !
— Baille !274Tend !
— Tourne !275Remue !
— Brouille !276Mêle !
— Boutte à moy277Verse-m’en. sans eau; ainsi, mon amy.
— Fouette278Siffle. moy ce verre gualentement.279Joliment.
— Produiz280Offre. moy du clairet, verre pleurant.281Débordant.
— Treves de soif!
— Ha, faulse282Maudite. fievre, ne t’en iras tu pas ?
— Par ma fy, me commere, je ne peuz entrer en bette.283Par moi foi, ma commère, je ne peux me mettre à boire.
— Vous estez morfondue284Tombée malade., m’amie?
— Voire.285Oui (c’est cela).
— Ventre sainct Quenet!286Saint probablement fictif avec allusion à « quenotte » (mâchoire) ou bien immitation d’un accent régional. Il pourrait également s’agir d’une forme affective. Nom répété trois fois dans Gargantua. parlons de boire.
— Je ne boy que à mes heures, comme la mulle du pape.287Allusion satirique à la discipline ecclésiastique, détournée ici pour justifier une consommation modérée… ou pas. La chaussure (mule) du pape est ici volontairement confondue avec l’animal, conformément aux proverbes populaires de l’époque.
— Je ne boy que en mon breviaire, comme un beau pere guardian.288Supérieur d’un couvent de Cordeliers, on les appelait « beau père ».
— Qui feut premier, soif ou beuverye?
— Soif, car qui eust beu sans soif durant le temps de innocence?
— Beuverye, car privatio presupponit habitum.289« Privation suppose habitude » (formule scolastique. Je suis clerc.290« Savant ». Foecundi calices quem non fecere disertum?291« Quelles merveilles n’opère pas l’ivresse ! » Fameux vers d’Horace.
— Nous aultres innocens ne beuvons que trop sans soif.
— Non moy, pecheur, sans soif, et, si non presente, pour le moins future, la prevenent comme entendez. Je boy pour la soif advenir. Je boy eternellement. Ce m’est eternité de beuverye, et beuverye de eternité.
— Chantons, beuvons, un motet entonnons !
— Où est mon entonnoir ?
— Quoy ! Je ne boy que par procuration !292Les autres boivent à ma place, c’est-à-dire : on ne remplit pas mon verre. C’est l’homme de loi qui parle.
— Mouillez vous pour seicher, ou vous seichez pour mouiller ?
— Je n’entens poinct la theoricque; de la praticque je me ayde quelque peu.
— Haste !293Faites hâte.
— Je mouille, je humecte294J’arrose le gosier. Latinisme inventé par R., je boy, et tout de peur de mourir.
— Beuvez tousjours, vous ne mourrez jamais.
— Si je ne boy, je suys à sec, me voylà mort. Mon ame s’en fuyra en quelque grenoillere. En sec295Au sec, en un lieu aride. jamais l’ame ne habite.296Citation inspirée de Saint Augustin (en réalité du pseudo-saint Augustin) mais traduite en style bouffon.
— Somelliers, ô createurs de nouvelles formes297Plaisanterie scolastique sur les formes ou
« formes substantielles ». Ici ce principe distinct
qui donne aux corps leur manière d’être, c’est
le vin., rendez moy de non beuvant beuvant !298De non-buvant rendez-moi buvant !
— Perannité299Perpétuité. de arrousement par ces nerveux et secz boyaulx !
— Pour neant boyt qui ne s’en sent.
— Cestuy entre dedans les venes; la pissotiere n’y aura rien.
— Je laveroys voluntiers les tripes de ce veau que j’ay ce matin habillé.300Jeu de mots sur le verbe habiller : à la fois « vêtir », mais aussi « parer » (préparer) en parlant d’une bête en boucherie.
— J’ay bien saburré301Lesté. mon stomach.
— Si le papier de mes schedules302Cédules. Terme juridique et fiscal pour créances. beuvoyt aussi bien que je foys, mes crediteurs auroient bien leur vin quand on viendroyt à la formule de exhiber.303Si le papier de mes créances buvait aussi bien que je le fais, mes créditeurs auraient bien leur vin (leur pourboir) au moment d’exhiber leur papier buvard !
— Ceste main vous guaste le nez.304A force de lever le coude, vous vous gâtez le nez (votre nez est rouge.
— O quants305Combien d’autres. aultres y entreront avant que cestuy cy en sorte !
— Boyre à si petit gué306Si bas niveau., c’est pour rompre son poictral.307Son cou. (Un cheval risque de rompre son poitrail à trop tendre le cou).
— Cecy s’appelle pipée308Piège. à flaccons.
— Quelle difference est entre bouteille et flaccon?
— Grande, car bouteille est fermée à bouchon, et flaccon a viz.309Jeu de mot grivois : le flasque-con par un vit.
— De belles !310Formidable !
— Nos peres beurent bien et vuiderent les potz.
— C’est bien chié chanté. Beuvons !
— Voulez-vous rien mander à la riviere? Cestuy cy va laver les tripes.
— Je ne boy en plus qu’une esponge.
— Je boy comme un templier.311La débauche des Templiers était proverbiale.
— Et je tanquam sponsus.312Jeu de mots avec le Psaume 19-5. Sponsus (époux) / spongia (éponge).
— Et moy sicut terra sine aqua.313Jeu avec le psaume 142-6. « Comme une terre sans eau. »
— Un synonyme de jambon?
— C’est une compulsoire de beuvettes314Plaisanterie juridique : un compulsoire était un acte obligeant une personne publique à produire une pièce. ; de même, un jambon oblige à montrer qu’on a soif, en buvant ; c’est un poulain.315Echelle de caviste. Par le poulain on descend le vin en cave; par le jambon en l’estomach.
— Or çà316Allons., à boire, à boire çà ! Il n’y a poinct charge.317Il n’y a pas le compte. Respice personam318Prends garde à qui tu verses ; pone pro duos319Mets-en double dose. ; bus non est in usu.320« Bus n’est pas correct ». Calembour sur le double sens de « bus » : c’est la fin du mot latin duobus («deux fois »), mais le buveur l’abrège en « duos » pour éviter de prononcer « bus », forme française du verbe boire au passé simple, pour ne pas mettre l’action de boire au passé.
— Si je montois aussi bien comme j’avalle321Jeu de mot avec avaler, qui veut direr aussi monter., je feusse pieçà322Depuis longtemps. hault en l’aer.
— Ainsi323En faisant ripailles. se feist Jacques Cueur riche.324Grand argentier du roi Charles VII.
— Ainsi profitent boys en friche.
— Ainsi conquesta Bacchus l’Inde.325Autrement dit la diffusion du vin, de la fête et de la civilisation, non par la guerre, mais par l’ivresse et la joie. Etant une légende, R. ironise sur les grande phrase toutes faites.
— Ainsi philosophie Melinde.326Mélinde (en Afrique orientale). Type de ville lointaine et fabuleuse.
— Petite pluye abat grand vend. Longues beuvettes rompent le tonnoire.327Rabelais substitue buvette (pluie de vin sur l’estomac) à pluie.
— Mais, si ma couille pissoit telle urine, la vouldriez vous bien sugcer?
— Je retiens après.328Je réserve le prochain tour !
— Paige, baille329Donne-m’en. ; je t’insinue330En droit, l’insinuation était l’inscription d’un acte sur les registres. ma nomination en mon tour.331Je m’introduis à mon tour dans la queue !
— Hume, Guillot! Encores y en a il un pot.332Bois Guillot, il y en a encore un pot (formulé comme dans un refrain de chanson à boire).
— Je me porte pour appellant de soif comme d’abus.333Je me pourvois en appel, je suis condamné à la soif comme à l’abus. Paige, relieve mon appel en forme.334Forme un recours.
— Ceste roigneure !335[Passe-moi] ce reste [de viande] !
— Je souloys336J’avais pour habitude. jadis boyre tout; maintenant je n’y laisse rien.
— Ne nous hastons pas et amassons bien tout.
— Voycy trippes de jeu337Par jeu de mots, des restes ou des éléments à « jouer » ou à partager lors du banquet. et guodebillaux338Morceaux gras ou des abats particulièrement appréciés. d’envy339Dignes d’enjeu. de ce fauveau340Plat central du repas, veau de couleur fauve. à la raye noire.341Description typique des veaux d’Anjou, de Touraine ou du Poitou à l’époque. O, pour Dieu, estrillons le342Raclons-le bien. à profict de mesnaige!343Jeu de mots avec l’expression « étrille-fauveau », très populaire au XVIe s. dans le sens d’étriller (brosser) dans le sens du poil, autrement dit se comporter en opportuniste.
— Beuvez, ou je vous…
— Non, non!
— Beuvez, je vous en prye.
— Les passereaux ne mangent sinon que on leurs tappe les queues; je ne boy sinon qu’on me flatte.
— Lagona edatera !344Compagnons, à boire ! » Expression basque. Peut-être du laquais de Grandgousier dit « le Basque ». Il n’y a raboulliere345Trou (de lapin). en tout mon corps où cestuy vin ne furette346Poursuive (terme de chasse). la soif.
— Cestuy cy me la fouette347Excite. bien.
— Cestuy cy me la bannira du tout.
— Cornons348Proclamons. icy, à son de flaccons et bouteilles, que quiconques aura perdu la soif ne ayt à la chercher ceans349Dedans. : longs clysteres de beuverie l’ont faict vuyder hors le logis.
— Le grand Dieu feist les planettes et nous faisons les platz netz350Propres..
— J’ai la parolle de Dieu en bouche: Sitio. 351J’ai soif. Mots du Christ sur la Croix.
— La pierre dite ABESTOS352Incombustible en grec. n’est plus inextinguible que la soif de ma Paternité.353Titre appliqué jadis au pape, puis aux prêtres et confesseurs. C’est le «beau père » qui parle.
— L’appetit vient en mangeant, disoit Angest on Mans354Jérôme de Hangest, évêque du Mans. ; la soif s’en va en beuvant.
— Remede contre la soif?
— Il est contraire à celluy qui est contre morsure de chien: courrez tousjours après le chien, jamais ne vous mordera; beuvez tousjours avant la soif, et jamais ne vous adviendra.
— Je vous y prens, je vous resveille. Sommelier eternel, guarde nous de somme. Argus avoyt cent yeulx pour veoir; cent mains fault à un sommelier, comme avoyt Briareus355Briarée, le géant à cent bras., pour infatigablement verser.356Argus et Briareus, géants mythiques. Jeu de mots avec « somme », Argus ayant été endormi par Mercure.
— Mouillons, hay, il faict beau seicher !
— Du blanc ! Verse tout, verse de par le diable ! Verse deçà, tout plein: la langue me pelle.
— Lans, tringue !357Exclamation allemande en usage chez les lansquenets et les Suisses : Compagnon, trinque!
— A toy, compaing! De hayt, de hayt !358« De bon cœur. »
— Là ! là ! là ! C’est morfiaillé, cela.359« Bâfré ».
— O lachryma Christi !360Muscat du Vésuve.
— C’est de La Deviniere361Maison natale de Rabelais., c’est vin pineau!
— O le gentil vin blanc!
— Et, par mon ame, ce n’est que vin de tafetas.362De velours.
— Hen, hen, il est à une aureille363« C’est un vin de choix ». R. adapte une expression de drapiers dont le sens est perdu aujourd’hui, mais peut-être que l' »oreille » est une lisière de drap, gage de qualité., bien drappé et de bonne laine.
— Mon compaignon, couraige!
— Pour ce jeu nous ne voulerons pas, car j’ay faict un levé.364Jeu de mots sur levée de cartes et levée de coude.
— Ex hoc in hoc.365Du vers à la bouche. Parodie du psaume 65-9. Il n’y a poinct d’enchantement; chascun de vous l’a veu; je y suis maistre passé.
— A brum ! A brum !366Hum, hum! je suis prebstre Macé.367Prêtre Macé, contrepèterie par antistrophe, inversion.
— O les beuveurs! O les alterez!
— Paige, mon amy, emplis icy et couronne368« Page, coiffe le vin » (remplis le verre à ras bord). Illusion à Virgile traduisant Homère : vina coronant. le vin, je te pry.
— A la cardinale!369Allusion à la robe rouge des cardinaux.
— Natura abhorret vacuum.370La nature a horreur du vide, axiome scolastique.
— Diriez vous qu’une mouche y eust beu?
— A la mode de Bretaigne!
— Net, net, à ce pyot!371Boisson.
— Avallez, ce sont herbes!372Remède souverain.
Рацеї під мухою
Потім надумалися підобідати на лоні природи. Де й узялися сулії, окости гуляли, пугари літали, жбани торохкали.
— Сип!
— Передай!
— Не минай!
— Розбавляй!
— Е ні, мені без води! Оце воно, друже!
— Нумо, одним хилом!
— А мені кларету! І щоб стопочка з наспою!
— Заллємо смагу!
— Тепер ти від мене не відчепишся, триклята гарячко!
— Вірите, кумонько, щось не годящий я нині до пиття!
— Вам що, нездужається, серденько?
— А я, щось мені зле.
— Трам-тарарам, побрешімо про вино!
— Я, мов папський мул, п’ю о певній порі.
— Я чисто тобі пріор, у руках ніби Требник, а це плескач із вином.
— Що з’явилося раніше: спрага чи трунки?
— Спрага, бо з якої нетечі невинятка почали кружати?
— Трунки, бо privatio presupponit habitant.373Позбавлення уже передбачає посідання (латин.) Я — клірик. Foecundi calices quem nоn facere disertum? Хто красномовний не став, піднімаючи спінений келих?374Горацій — Послання (латин.). Переклав Михайло Білик.
— Ми — невинятка і тнемо коряками без спраги.
— Азм, грішний, без спраги лише починаю, а потім вона приходить сама. Для мене пити — це грати зі спрагою у довгої лози. Я вічний пияк. Для мене вічне життя у вині, а вино — це моє вічне життя.
— Співаймо! Пиймо! Псалмопивці!
— А де ж запропастилася моя посудинка?
— А чого мені жодна душа не підсипає?
— Ви полощете горло, бо дере, чи дерете горло, щоб полоскати?
— Теоретизуй, не теоретизуй, а напрактикуватися можна.
— Не лови ґав!
— Жлукчу, дудлю, ґольґаю, щоб очі не западали.
— Пияк — він невмирака!
— Без узливання я — сухогриб, пиши тоді пропало. Переселиться моя душа, де мокріше. Там, де суш, вона не житець.
— Нумо, підчаші, нових форм творці, з непитущого питущого зліпіть!
— Треба гарненько скропити сі цупкі, сухі хляки!
— Кому вже не п’ється, так не п’ється.
— Вино в жилах грає, у вигрібну яму воно не потрапляє.
— Я ці клишки сьогодні вранці шлямував, залишається тепер їх сприснути.
— Я все в голодний куток пхав!
— Аби мій вексельний папір пив так само, як я, чи вчитали б його кредитори з настанням терміну оплати?
— Рука така невтомна, що й носа хазяїну натовкла.
— Скільки ще влізе, перш ніж назад верне?
— Як отак весь час питати броду, кінська упряж прорветься!
— Це називається пити з джерельця.
— А яка різниця між шийкою і джерельцем?
— Велика, шийка затикається корком, а джерельце чопом.
— Оце сказано!
— Кружали бочку хвацько наші предки.
— Співуни невсип-пущі! Пиймо!
— Оце кишкове промивання. Не треба й на річку ходити!
— Я п’ю, не кажи ти губка.
— А я, не кажи ти храмовник.
— А я, не кажи ти tanquam sponsus.375Жених (латин.)
— А я, не кажи ти sicut terra sine aqua.376Випалена земля (латин.)
— Що таке шинка?
— Це вимога на дудліж, трап. Звичайним трапом спускають винні барила у льох, а цим трапом у кендюх.
— А раз так, то пиймо! Я ще не набрався. Respice persona; pone pro duos; bus non est in usu. 377Не забувай, з ким маєш справу; лий на двох; «бус» вийшло з ужитку (латин.)
— Аби я вмів так ціпом махати, як смалити чарку, з мене вийшов би знаменитий ціпов’яз.
— Жак Кер, багатій, не раз забивав палю.
— Отак напували б і нас.
— Бахус, той під охотою звоював Інд.
— Мелінду, так ту взяли з п’яних очей.
— Дрібен дощик прибиває подорожню куряву. Довгі гульбощі гасять грім.
— Як із мого чопа такі струмені вириваються, то чом би вам не припасти до цього чопа?
— Я це врахую.
— Гей, пахолку, сип мені ще. Тепера моя черга тебе запізвати!
— Ґїйо, ти там недалеко, — подай мені глека!
— Я позиваюся зі своєю спрагою. Пахолку, оформлюй мій позов як належить!
— Мені б оте шумовиння і оті вишкварки!
— Колись я пив до дна, а нині п’ю все до ріски.
— Підгрібаймо все: часу в нас доста!
— Та й клишки у цього волика, полового з чорними латками, — смакота! То ми їх дочиста!
— Пийте, а то я…
— Ні, ні!
— Пийте, пийте — який ви проханий!
— Щоб горобці клювали, їх треба плеснути по хвосту, а щоб я пив, мене треба добре припрохувати.
— Lagona edatera!378Пиймо, друзяко! (Баск.) Нема в моєму тілові такої нірки, куди б могла сховатися від вина спрага.
— А в мене це винце тільки спрагу розпалює.
— А в мене спрагу прожене це винце.
— Хай знають під дзенькіт боклаг і пляшок: утратили спрагу, нема її чого в собі шукати, — її вигнали часті винні клістири.
— Всевишній створив планети, а ми по них плентаємося і припланечуємося.
— У мене Господеве слово на устах: Sitio!379Прагну (латин. — Євангелія від Івана, 19, 28)
— Азбест, тобто камінь, і той не такий нескрушний, як непогасима спрага, яку оце чує моє високопреподобіє.
— Апетит, як сказав Ангест Манський, ся рождає під час їди, а спрага ся рождає під час пиття.
— Чи є помічне від спраги?
— Є, але не те, що рятує від собачого укусу: як бігтимеш позад собаки, він зроду тебе не вкусить, як бігтимеш із питвом назустріч спразі, вона тебе завжди обминатиме.
— Ловлю тебе, виночерпію, на слові! Будь невичерпний! Ще черепушку! Арґус, щоб бачити, був стоокий, а корецький має, як той Бріарей, бути сторуким, аби черпати й черпати.
— Спершу мочеморди, а потім сушеморди!
— Білого! Сип, сип, хай йому біс! Добру повну: язик у мене наче терпуг.
— Смикнімо, службо!
— П’ю до тебе, друзяко! Вперед!
— Пішло, як брехня по селу!
— О lachryma Christi!380Сльоза Христова (латин.)
— Це девіньєрське — піно!
— Біле винце — розкіш!
— Оксамитове, їй-бо!
— Оце воно: карноухе, деруче, вовнясте!
— Друже, по новій!
— Скільки не подаватимуть, ми не скажемо: «Пристав!»
— Ex hoc in hoc.381Звідси і сюди! (Латин.) І ніякісінького мошенства! Беру всіх у свідки. Я оце перепив усіх.
— Я — панотець Перепивайло.
— О п’яндиголови! О жадаки! Посмагли як жаби у болоті!
— Пахолку, друже, повну, та пильнуй, аби з коронкою!
— Просто шапка кардинальська!
— Natura abhorret vacuum.382Природа порожнечі не терпить (латин.)
— Хоть би рісочку — мусі напитися.
— Давай по-бретонській!!
— До дна!! До дна!
— Дерболизнемо цього зілля!
6 – Comment Gargantua nasquit en façon bien estrange
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Une satire du merveilleux chrétien pris au pied de la lettre, un mélange de bas corporel et de haute culture. Une des scènes emblématiques de l’esthétique rabelaisienne. Le bon docteur y mêle comique brutal et érudition dans le but d’apprendre à ses lecteurs à penser librement tout en se divertissant.
Le narrateur cite la « foy », définie comme adhésion sans apparence ni preuve, et tourne en dérision la « foi du charbonnier », montrant ainsi l’absurdité d’un croire sans examen critique.
Eulx tenens ces menuz propos de beuverie, Gargamelle commença se porter mal du bas, dont Grandgousier se leva dessus l’herbe et la reconfortoit honestement, pensant que ce feut mal d’enfant, et luy disant qu’elle s’estoit là herbée383Étendue sur l’herbe. soubz la Saulsaye et qu’en brief elle feroit piedz neufz384Les sabots repoussent aux chevaux mis à l’her- bage ; maïs ici faire pieds neufs signifie aussi faire venir au monde deux nouveaux petits pieds.: par ce luy convenoit prendre couraige nouveau au nouvel advenement de son poupon, et, encores que la douleur luy feust quelque peu en fascherie, toutesfoys que ycelle seroit briefve, et la joye qui toust succederoit luy tolliroit tout cest ennuy, en sorte que seulement ne luy en resteroit la soubvenance.
— Je le prouve (disoit il) dieu (c’est nostre saulveur) dict en l’evangile, Ioan. 16. « La femme qui est à l’heure de son enfantement, a tristesse: mais lorsqu’elle a enfanté, elle n’a soubvenir aulcun de son angoisse. »
— Ha! (dist elle) vous dictes bien, et ayme beaucoup mieulx ouyr telz propos de l’evangile… que de ouyr la vie de saincte Marguerite, ou quelque aultre capharderie.
— Couraige de brebis385Ironique : les brebis passaient pour peureuses (voir Quart L. chap. 22, n. 1). (disoyt il) depeschez vous de cestuy cy et bien toust en faisons un aultre.
— Ha! (dist elle) tant vous parlez à votre aize, vous aultres hommes! Bien, de par Dieu, je me parforceray, puisqu’il vous plaist. Mais pleust à Dieu que vous l’eussiez coupé!
— Quoy? dist Grandgousier.
— Ha! (dist elle) que vous estes bon homme! Vous l’entendez bien.
— Mon membre? (dist il). Sang de les cabres! Si bon vous semble, faictes apporter un cousteau.
— Ha! (dist elle) jà Dieu ne plaise ! Dieu me le pardoient ! je ne le dis de bon cueur, et pour ma parolle n’en faictes ne plus ne moins. Mais je auray prou d’affaires aujourd’huy, si Dieu ne me ayde, et tout par vostre membre, que vous feussiez bien ayse.
— Couraige, couraige! (dist il). Ne vous souciez au reste et laissez faire au quatre boeufz de devant.386Le plus dur est fait quand l’effort pour arracher un fardeau a été fait, il suffit de laisser tirer l’attelage de tête. Je m’en voys boyre encores quelque veguade.387Un coup (transposition du gascon). Si ce pendent vous survenoit quelque mal, je me tiendray près: huschant en paulme388Si vous lancez un appel en mettant vos mains en porte-voix. Voir L. II chap. 19, n. 8., je me rendray à vous.»
Peu de temps après, elle commença à souspirer, lamenter et crier. Soubdain vindrent à tas saiges femmes de tous coustez, et, la tastant par le bas, trouverent quelques pellauderies389Morceaux de peau (patois de l’Ouest). assez de maulvais goust, et pensoient que ce feust l’enfant; mais c’estoit le fondement qui luy escappoit, à la mollification390Terme employé par les médecins, relaxation. du droict intestine — lequel vous appellez le boyau cullier — par trop avoir mangé des tripes, comme avons declairé cy dessus. Dont une horde vieille de la compaignie, laquelle avoit reputation d’estre grande medicine et là estoit venue de Brizepaille d’auprès Sainct Genou391Le hameau de Brisepaille se trouve bien dans la commune de Saint- Genou (canton de Buzançais, Indre). devant soixante ans, luy feist un restrinctif392Médicament qui resserre les parties relâchées. si horrible que tous ses larrys393Vraisemblablement ses différents sphincters. tant feurent oppilez et reserrez que à grande poine, avecques les dentz, vous les eussiez eslargiz, qui est chose bien horrible à penser: mesmement que le diable, à la messe de sainct Martin escripvant le quaquet de deux Gualoises, à belles dentz alongea son parchemin.394Le diable voulait enregistrer les propos de deux commères bavardant pendant que saint Martin disait sa messe ; naturellement le parchemin se trouva trop petit. En voulant l’allonger avec les dents, le diable le rompit et, déséquilibré, alla donner de la tête contre un pilier. Par cest inconvenient feurent au dessus relaschez les cotyledons395Parties du placenta. de la matrice, par lesquelz sursaulta l’enfant, et entra en la vene creuse396Aristote, Génération des animaux II, 745 b., et, gravant par le diaphragme jusques au dessus des espaules (où ladicte vene se part en deux), print son chemin à gauche, et sortit par l’aureille senestre. Soubdain qu’il fut né, ne cria comme les aultres enfans: « Mies! mies! », mais à haulte voix s’ escrioit: « A boire! à boire! à boire! », comme invitant tout le monde à boire, si bien qu’il fut ouy de tout le pays de Beusse et de Bibaroys.397Le nom du pays de Beuxes, proche de la Devinière, se prononçait comme le subjonctif du verbe boire, et le Vivarais, prononcé à la gasconne, ressemble à quelque conditionnel dialectal du même verbe ; cette facétie, qui rappelle les propos des Bien Ivres, ne figurait pas dans la première édition.
Je me doubte que ne croyez asseurement ceste estrange nativité. Si ne le croyez, je ne m’en soucie, mais un homme de bien, un homme de bon sens, croit tousjours ce qu’on luy dict et qu’il trouve par escript.
Ne dict pas Salomon, Proverbiorum, 14 :Innocens credit omni verbo, etc., et saint Paul Prima Corinthio, 13 ; Charitas omnia credit ? Pourquoi ne le croyriez-vous ? Pour ce (dictes-vous) qu’il n’y a nulle apparence. Je vous dicz que pour ceste cause vous le debvez croyre en foy parfaicte. Car les Sorbonistes disent que foy est argument des choses de nulle apparence.398Les premières éditions comportaient ce passage. Le texte des Proverbes signifie : «L’Innocent croit toute parole », et celui de saint Paul : «La Charité (l’Amour) croit tout ». Dans les deux cas, cette croyance est du domaine de l’opinion et non pas de la foi. Les Sorbonnistes n’étaient pas d’humeur à accepter les à-peu-près humoristiques en ce domaine. Voir Quart L., Ancien Prologue, n.47.
Est ce contre nostre loy, notre foy, contre raison, contre la Saincte Escripture? De ma part, je ne trouve rien escript es Bibles sainctes qui soit contre cela. Mais, si le vouloir de Dieu tel eust esté, diriez vous qu’il ne l’eust peu faire? Ha, pour grace, ne emburelucocquez399Ne farcissez. jamais vous400Vos espritz de ces vaines pensées, car je vous diz que à Dieu rien n’est impossible, et, s’il vouloit, les femmes auroient doresnavant ainsi leurs enfans par l’aureille. Bacchus ne fut il engendré par la cuisse de Jupiter? Rocquetaillade nasquit il pas du talon de sa mère? Crocquemouche de la pantofle de sa nourrice?401Les légendes de Rocquetaillade et de Crocquemouche ne sont pas connues. Minerve nasquit elle pas du cerveau par l’aureille de Jupiter? Adonis par l’escorce d’un arbre de mirrhe? Castor et Polux de la cocque d’un oeuf, pont et esclous par Leda? Mais vous seriez bien dadvantaige esbahys et estonnez si je vous expousoys presentement tout le chapitre de Pline auquel parle des enfantemens estranges et contre nature; et toutesfoys je ne suis poinct menteur tant asseuré comme il a esté. Lisez le septiesme de sa Naturelle Histoire, capi. III, et ne m’en tabustez plus l’entendement.
Яким химерним робом Ґарґантюа на світ народився
Ще не вщухла ця п’яненька перебендя, як Ґарґамелла відчула у животі завійницю. Ґранґузьє підхопився і, гадаючи, ніби то перелоги, почав її найлагіднішими словами заспокоювати; він попросив її лягти на траву під вербичками, мовляв, у неї, як у кобилки, скоро повідростають нові ніженьки, треба тільки перед народженням лялі запастися снагою, болітиме їй, правда, аж-аж, але біль минеться, і за всю муку Бог віддячить радістю, про все лихеє й згадка розвіється.
— Я доведу це тобі (сказав він). Господь (наш Спаситель) рече у Євангелії від святого Івана, голова 16: «Журба жінці, коли вона народжує, а вродить дитятко, вже й пам’яти про болі нема».
— Чи ба! (відповіла вона). Золотії в тебе уста! Я більше люблю слухати Святе Письмо, аніж житіє святої Маргарита і ще якісь там баляси.
— Ти у мене хоробра, як овечка (мовив він). Розроджуйся боржій, а там ми вже з тобою сплодимо другого.
— Ха! (сказала вона). Вам, чоловікам, легко говорити! Ну, та з Божої помоги я для тебе якось постараюся. А все ж лучче, щоб тобі його чикнули.
— Що — чикнули? — спитав Ґранґузьє.
— Га! (відповіла вона). Теє, з чим ти ходиш у мужчинах. — А, мого припутня? (Він на те)… а кат із ним! Як він так уже тобі упікся, давай сюди ножаку!
— Е, ні, ні! (Це вона). Хай Господь Бог милує! Прости, Боже, мене грішницю. Я й не хотіла — саме вихопилося, не вважай на мене. Я ось проти чого кажу: як Бог не поможе, мені доведеться попомучитися, а все через твій припутень, надто вже ти його пелінтуєш.
— Дарма! Дарма! (заспокоїв він). Бадьорися, хай воли самі йдуть! А я ще смикну чопка. Як тобі стане зле, я буду поряд. Крикни в кулак, і я прибіжу.
Невзабарі почала вона зітхати, зойкати і волати. Умент звідусіль позбігалися пупорізки і при мацанні та лапанні внизу наткнулися на якісь шкуратки та ще й з поганим таким духом, і подумали, що це і є дитятко, а то була кутниця або заднянка — сфінктер (або по-вашому втори) ослаб через те, що породілля об’їлася, тут уже, мабуть, згадувалось, клишками. Отоді одна мерзосвітниця бабця, пересельниця сюди з-перед шістдесят літ із Брізпайля, що під Сен-Жну, і відома знахарка, й дала Ґарґамеллі якоїсь в’язкої гидоти, від якої у неї так стислися і збіглися втори, що, лелечки, ви б їх не розтягли й зубами. Словом, вийшло як у того біса, який на обідні на честь святого Мартина записував на пергамені, про що теревенили дві модниці, а потім так і не здолав розтягти пергамен зубами. Через цей трапунок жили устя дитинника понабрякали, і дитятко проскочило просто в порожнисту вену, а далі, видершися діяфрагмою упорівень пліч, де згадана синьо-жила роздвоюється, узяло ліворуч і вилізло у ліве вухо. З’явившись на світ, дитятко не закричало, як інші немовлята: І-і-і! І-і-і!», ні, воно зарепетувало як на пуп: «Лизькать! Лизькать! Лизькать!» — наче припрохувало усіх лизькати, і його репет було чути від Бюсси до Бібаруа.
Я не певен, що ви повірите у такі химеруваті пологи. Ваша підозра на мене хай і залишається підозрою, але знайте: хто путній, хто здорової думки, той вірить усьому, що почує чи прочитає.
Чи ж не казав Соломон у своїх Приповістках, голова 14: «Простодушний іме віри кожному слову» тощо? І чи не сказав святий апостол Павло у Першому Посланні до Коринтян, голова XIII: «Любов у все вірить»? Чому б не повірити і вам? Тому (скажете ви), що тут немає і знаку правди? А я вам скажу, що саме тому вам і треба мені вірити, вірити сліпо, бо сорбонники запевняють, ніби, власне, віра і є знак речей незримих.
Хіба щось тут суперечить нашому законові, нашій вірі, здоровому глуздові, Святому Письму? Принаймні сам я так гадаю, що зі святою Біблією це все аж ніяк не розбігається. Бо коли на те була воля Божа, ви ж не станете доводити, ніби Господь не міг так учинити? Ні, ради Бога, не дуріть самих себе химерами. Адже немає такого, чого Богові несила була б і якби він лишень захотів, то все жіноцтво приводило б на світ дитяток через вуха. Хіба Бахус не вийшов із ребра Юпітерового? Рокталяд — із п’яти своєї матері? Крокмуш — із пантофлі мачушиної? Хіба Мінерва не народилася в мозкові у Юпітера і не вийшла крізь його вухо? Хіба Адоніс не вийшов із-під кори миррового дерева? А Кастор і Поллукс — із яйця, висидженого і знесеного Ледою? А як би ви дивувалися і чудувалися, якби я навів оце цілий розділ із Плінія з розповіддю про дивовижні і протиприродні пологи! Адже із мене не такий завзятий скоробреха, як із нього. Прочитайте III розділ сьомої книги його Природних історій і дайте мені спокій.
7 – Comment le nom fut imposé à Gargantua et comment il humoit le piot402Tétait le sein, le vin / la boisson
Le bon homme Grandgousier, beuvant et se rigollant avecques les aultres, entendit le cry horrible que son filz avoit faict entrant en lumière de ce monde, quand il brasmoit, demandant: «A boyre! à boyre! à boyre!» Dont il dist : « Que grand tu as ! » (supple403En plus du gosier.le gousier). Ce que ouyans, les assistans dirent que vrayement il debvoit avoir par ce le nom Gargantua404Grande gorge, goinfre, personnage déjà connu dans le folklore du centre-ouest, probablement originaire du sud-ouest. Gargan est aussi le nom d’un géant celtique lié aux cultes de fécondité, les menhirs, etc., dont la figure s’est surtout maintenue dans les traditions rurales françaises., puisque telle avoir esté la première parolle de son pere à sa naissance, à l’imitation et exemple des anciens Hebreux. A quoy fut condescendu par icelluy, et pleut très bien à sa mere. Et, pour l’appaiser, luy donnerent à boyre à tyre larigot, et feut porté sus les fonts et là baptisé, comme est la coutume des bons christiens.405A l’inverse des anabaptistes radicaux et apocalyptiques de Münster, sous la dictature théocratique de Jan de Leyde. Dès 1532, ils avait refusé le baptême avant l’âge adulte et imposé la polygamie dans une sorte de « communisme » millénariste. Et luy feurent ordonnées dix et sept mille neuf cens treze vaches de Pautille et de Brehemond406Villages des prairies fertiles du Chinonais. pour l’alaicter ordinairement. Car de trouver nourrice suffisante n’estoit possible en tout le pays, considéré la grande quantité de laict requis pour icelluy alimenter, combien qu’aulcuns docteurs Scotistes407Adeptes de Duns Scot, symbole de l’obscurantisme « gothique » au temp de Rabelais. ayent affermé que sa mère l’alaicta et qu’elle pouvoit traire de ses mammelles quatorze cens deux pipes408Futailles de vingt-sept hectolitres. neuf potées de laict pour chascune foys, ce que n’est vraysemblable, et a esté la proposition declairée mammallement409Malement (méchamment), adverbe construit sur « mamelle » avec un bégaiement. Les premières éditions ajoutaient « déclarée par Sorbone scandaleuse ». scandaleuse, des pitoyables aureilles offensive, et sentent de loing heresie.410R. s’amuse à traduire les formules lourdes par lesquelles la Sorbonne condamnaient les hérésies.
En cest estat passa jusques à un an et dix moys, onquel temps, par le conseil des médecins, on commença le porter, et fut faicte une belle charrette à beufs par l’invention de Jehan Denyau. Dedans icelle on le pourmenoit par cy par là joyeusement; et le faisoit bon veoir, car il portoit bonne troigne et avoit presque dix et huyt mentons; et ne crioit que bien peu; mais il se conchioit à toutes heures, car il estoit merveilleusement phlegmaticque des fesses411Paresseux du derrière, traduction comique pour « intestins relâchés »., tant de sa complexion naturelle que de la disposition accidentale qui luy estoit advenue par trop humer de purée septembrale.412Raisin écrasé en septembre, le vin.
Et n’en humoyt goutte sans cause, car, s’il advenoit qu’il feust despit, courroussé, fasché ou marry, s’il trepignoyt, s’il pleuroit, s’il crioit, luy apportant à boyre l’on le remettoit en nature, et soubdain demouroit coy et joyeulx. Une de ses gouvernantes m’a dict, jurant sa fy, que de ce faire il estoit tant coustumier, qu’au seul son des pinthes et flaccons il entroit en ecstase, comme s’il goustoit les joyes de paradis. En sorte qu’elles, considerans ceste complexion divine, pour le resjouir, au matin, faisoient davant luy sonner des verres avecques un cousteau, ou des flaccons avecques leur toupon413Bouchon., ou des pinthes avecques leur couvercle, auquel son il s’esguayoit, il tressailloit, et luy mesmes se bressoit414Berçait. en dodelinant de la teste, monichordisant415Jouer de cet instrument à une seule corde était signe de mélancolie. des doigtz et barytonant du cul.
Як нарекли ҐАрґантюа
і як прилюбився він
вино цмулити
Добряга Ґранґузьє пив і розважався з гістьми, коли зачув страшенний лемент: то його син, заледвепоявившися на світ, репетував, вимагаючи: «Лизькать! Лизькать! Лизькать!» От батько і гукнув: «Оце ґарґало, ти ба!» Почувши теє, гості нараяли так дитятко й назвати — Ґарґантюа, — бо це перше слово, яке батько вимовив при родинах, — за взірцем і прикладом давніх гебреїв. Батько не заперечував, матері це наймення теж вельми сподобалося. А щоб уговкати дитятко, його почастували вином, потім занурили в купелю та й охрестили, як це заведено у щирих християн. Тим часом, аби поїти його молоком, пригнано сімнадцять тисяч дев’ятсот тринадцять корів понтільської і бреемонської порід, бо в усій околиці не знайшлося жодної підхожої мамки, здатної нагодувати його груддю. До слова, деякі великовчені скотисти запевняли, що його вигодувала мати, що вона, мовляв, могла зі своїх цицьок націдити тисячу чотириста дві бочки і дев’ять гладишок молока за одним разом, проте це навряд. Що б там не було, усякі міркування про таке цицькоцидіння лунали злецько для благочестивих ушей, відгонячи схизмою.
А як уже збігло рік і дев’ять місяців, дитятко за порадою лікарів почали вивозити. Для нього Жеан Деньйо змайстрував гарний возик, до якого впрягали воликів. То ото в тому возику дитятко всюди й каталося, і кожен зустрічний милувався на нього: пицюрку воно мало гарненьку, і було страх воласте — з вісімнадцятьма волами, до того ж і ревло лише зрідка, хоча калялося щогодини, бо гузно мало ятристе: як-не-як така статура, а тут ще й охота (породжена особливостями організму) до пиття.
До речі, безпричинно воно й краплі в рота не брало. Коли ж було сердите, роздратоване, набурмосене або зажурене, дитятко тупотіло ніжками, плакало і верещало, а як даси йому випити, зараз же втишувалося і ставало знову лагідним та веселим. Одна його бонна божилася мені, що дитятко смоктати так прилюбилося, що на сам брязкіт пугарів і келихів уже умлівало, ніби раюючи наперед. Ось чому з огляду на цю його божисту рису гувернантки забавляли його тим, що брязкали ножем по склянках, скляними затичками по пляшках і навіть накривками по кухлях; у відповідь на цей дзенькіт починалися радісні скоки дитяти, аж колиска гойдалася, і ця мимовільна гойданка супроводжувалася кивами голови, бренькотом пальцями і переливчастими пуками.
8 – Comment on vestit Gargantua
Luy estant en cest eage, son pere ordonna qu’on luy feist habillemens à sa livrée, laquelle estoit blanc et bleu. De faict on y besoigna, et furent faictz, taillez et cousuz à la mode qui pour lors couroit. Par les anciens pantarches416Documents, chartes. Jeu de mot avec pantarques (comtes417)., qui sont en la Chambre des Comptes à Montsoreau, je trouvé qu’il feust vestu en la façon que s’ensuyt :
Pour sa chemise furent levées neuf cens aulnes de toille de Chasteleraud, et deux cens pour les coussons418Goussets. en sorte de carreaulx419Goussets en forme de coussins., lesquelz on mist soubz les esselles. Et n’estoit poinct froncée420Les chemises à col froncé étaient à la mode sous François Ier., car la fronsure des chemises n’a esté inventée sinon depuis que les lingieres, lorsque la poincte de leur agueille estoit rompue, ont commencé besoigner du cul.421Le gros bout de l’aiguille s’appelait le « cul », d’où l’équivoque obscène sur le travail des couturières.
Pour son pourpoinct furent levées huyt cens treize aulnes de satin blanc, et pour les agueillettes422Lacets tenant lieu de boutons. Celles de qualité étaient en peau de chien. quinze cens neuf peaulx et demye de chiens. Lors commença le monde attacher les chausses au pourpoinct, et non le pourpoinct aux chausses; car c’est chose contre nature, comme amplement a déclaré Olkam sus les Exponibles de M. Haultechaussade.423Philosophe imaginé par Rabelais avec un patronyme grotesque rappelant les hauts‑de‑chausses et la question de savoir s’il faut attacher les chausses au pourpoint ou l’inverse. Les humanistes raillaient habituellement Duns Scot (voir plus haut chap. 7, n. 5) et Guillaume d’Occam, docteur scolastique du XIVe siècle.
Pour ses chausses feurent levez unze cens cinq aulnes et ung tiers d’estamet blanc. Et feurent deschisquetez en forme de colomnes, striées et crénelées424Les chausses comportaient des crevés (entailles qui mettaient en valeur une doublure d’une autre couleur) qui pouvaient être déchiquetés, striés ou cannelés. par le derrière, afin de n’éschaufer les reins. Et flocquoit425Bouffait. Le floc est une houppe., par dedans la deschicqueture, de damas bleu tant que besoing estoit. Et notez qu’il avoit très belles griefves426Jambières d’armure. et bien proportionnez au reste de sa stature.
Pour la braguette feurent levées seize aulnes un quartier d’icelluy mesmes drap. Et fut la forme d’icelle comme d’un arc boutant, bien estachée427La braguette était alors une sorte de poche attachée au haut-de-chausses par des aiguillettes ou des agrafes. joyeusement à deux belles boucles d’or, que prenoient deux crochetz d’esmail, en un chascun desquelz estoit enchassée une grosse esmeraugde de la grosseur d’une pomme d’orange. Car (ainsi que dict Orpheus, libro De Lapidibus, et Pline, libro ultimo) elle a vertu erective et confortative du membre naturel.428En réalité, ni le pseudo-Orphée ni Pline n’attribue cette vertu aphrodisiaque à l’émeraude. R. inverse la tradition pour l’effet comique : usage de la fausse autorité (Orphée, Pline) au service du culte de la braguette. L’exiture de la braguette estoit à la longueur d’une canne429Mesure de longueur : presque 1 m 80., deschicquetée430Découpée en bandes. comme les chausses, avecques le damas bleu flottant comme davant. Mais, voyans la belle brodure de canetille431Broderie de fil d’or ou d’argent. et les plaisans entrelatz d’orfeverie, garniz de fins diamens, fins rubiz, fines turquoyses, fines esmeraugdes et unions Persicques432Grosses perles venant du golfe Persique., vous l’eussiez comparée à une belle corne d’abondance, telle que voyez es antiquailles, et telle que donna Rhea es deux nymphes Adrastea et Ida, nourrices de Jupiter433Rhéa, pour protéger Jupiter contre la voracité de Saturne, le confia aux deux filles du roi de Candie, qui le nourrirent du lait de la chèvre Amalthée.; — tousjours gualante, succulente, resudante, tousjours verdoyante, tousjours fleurissante, tousjours fructifiante, plene d’humeurs, plene de fleurs, plene de fruictz, plene de toutes délices. Je advoue Dieu434R. semble retourner la formule imprécatoire : Je renie Dieu s’il n’est pas vrai que… Voir chap. 39, n 14. s’il ne la faisoit bon veoir ! Mais je vous en exposeray bien dadvantaige au livre que j’ay faict De la dignité des braguettes. D’un cas vous advertis que, si elle estoit bien longue et bien ample, si estoit elle bien guarnie au dedans et bien avitaillée435Ravitaillée. Un jeu de mots antérieur à Rabelais fait de cet adjectif le synonyme de « bien garnie au-dedans » (d’un bon vit)., en rien ne ressemblant les hypocriticques braguettes d’un tas de muguetz436Les élégants de l’époque se servaient de leur braguette comme d’une poche et la garnissaient de menus objets; voir chap. 35, n. 3., qui ne sont plenes que de vent, au grand interest437Comprendre « au grand dam ». du sexe féminin.
Pour ses souliers furent levées quatre cens six aulnes de velours bleu cramoysi. Et furent deschicquettez mignonement par lignes parallelles joinctes en cylindres uniformes.438Les chaussures des élégants étaient en tissu, elles avaient le bout très large et recouvert de sortes de boudins en forme de « crevés ». Pour la quarreleure439Semelle. d’iceulx, furent employez unze cens peaulx de vache brune, taillée à queues de merluz.
Pour son saie440Vêtement flottant qui se portait par- dessus les autres habits. furent levez dix et huyt cens aulnes de velours bleu, tainct en grene441En graine d’écarlate, c’est-à-dire d’une teinte vive., brodé à l’entour de belles vignettes442Branches de vigne ornementales. et par le mylieu de pinthes d’argent de canetille443Coupes brodées en canetille d’argent., enchevestrées de verges d’or avecques force perles : par ce dénotant qu’il seroit un bon fessepinthe444Gros buveur. Fesser signifie vider, mais prête à équivoque. en son temps.
Sa ceinture feut de troys cens aulnes et demye de cerge de soye, moytié blanche et moytié bleu (ou je suis bien abusé).
Son espée ne feut Valentienne, ny son poignart Sarragossoys445Les armuriers espagnols, en particulier de Valence et de Saragosse, étaient réputés., car son pere hayssoit tous ces indalgos bourrachous446Hidalgos ivrognes., marranisez447Mêlés aux Marranes : littéralement « aux cochons », insulte visant les Juifs convertis, suspectés de pratiquer leur ancienne religion en secret. Hors d’Espagne, insulte désignant les Espagnols en général. comme diables; mais il eut la belle espée de boys et le poignart de cuir bouilly, pinctz et dorez comme un chascun soubhaiteroit.448R. marque ici une distance ironique envers l’Espagne.
Sa bourse fut faicte de la couille d’un oriflant que lui donna Her Pracontal, proconsul de Libye.449Peut-être Humbert de Pracontal, corsaire aux ordres de François Ier.
Pour sa robbe furent levées neuf mille six cens aulnes moins deux tiers de velours bleu comme dessus, tout porfilé d’or en figure diagonale, dont par juste perspective yssoit une couleur innommée, telle que voyez es coulz des tourterelles, qui resjouissoit merveilleusement les yeulx des spectateurs.
Pour son bonnet furent levées troys cens deux aulnes ung quart de velours blanc. Et feut la forme d’icelluy large et ronde à la capacité du chief, car son pere disoit que ces bonnetz à la Marrabeise450A la mauresque. Le mot signifie « Marrane arabe »., faictz comme une crouste de pasté, porteroient quelque jour malencontre à leurs tonduz.451Les Marranes venus de l’Islam portaient généralement le cheveu ras : c’est ici un traditionaliste qui parle, ridiculisant la nouvelle mode des cheveux courts.
Pour son plumart pourtoit une belle grande plume bleue, prinse d’un onocrotal du pays de Hircanie452Prise à un pélican d’Asie centrale. la saulvaige, bien mignonement pendente sus l’aureille droicte.
Pour son image453L’image ou enseigne était un bijou, souvent émaillé, qui s’attachait au chapeau et portait une devise ou un emblème adapté à la personnalité de son possesseur. avoit, en une platine d’or pesant soixante et huyt marcs454Plus de seize kilos au total., une figure d’esmail competent, en laquelle estoit pourtraict un corps humain ayant deux testes, l’une virée vers l’autre, quatre bras, quatre piedz et deux culz, telz que dict Platon in Symposio, avoir esté l’humaine nature à son commencement mystic455C’est en effet la représentation que Platon donne de l’androgyne mythique primordial dans le Banquet., et autour estoit escript en lettres ioniques :
ΑΓΑΠΗ ΟΥ ΖΗΤΕΙ ТА ΕΑΥΤΗΣ456Agápê ou zètê ta héautêss / L’amour n’attend rien en retour. St Paul (1 Corinthiens 13,5). Il s’agit ici de l’Amour-Charité. Sentence proche de celle que R. avait utilisée pour ridiculiser la conception scolastique de la foi (voir plus haut chap. 6, n. 31). L’auteur montre que le mythe platonicien est une image exacte de la définition paulinienne de l’amour parfait. Voir Marguerite de Navarre, Les Prisons, III « Celuy qui Est, à qui bien l’imagine, / Se voit aussi dedans ceste Androgyne, / Qui sa moitié ne cesse de chercher ».. (Dernières poésies, éd. Lefranc, p. 217).
Pour porter au col, eut une chaisne d’or457Plus de 6000 kg. pesante vingt et cinq mille soixante et troys marcs d’or, faicte en forme de grosses bacces458Graines (baies)., entre lesquelles estoient en oeuvre gros jaspes verds, engravez et taillez en dracons tous environnez de rayes et estincelles, comme les portoit jadis le roy Necepsos459Néchepsos, légendaire pharaon du VIIe siècle avant J.-C., célèbre comme mage et astrologue avec le sage Petosiris. Symbole d’une sagesse égyptienne prestigieuse : le mentionner, c’est s’adosser à une autorité exotique et antique. ; et descendoit jusque à la boucque du hault ventre460Orifice de l’estomac (à la hauteur de l’œsophage), le cardia, juste sous l’extrémité du sternum. Les pierres comme le jaspe étaient censées protéger l’estomac et la digestion.: dont toute sa vie en eut l’emolument tel que sçavent les medecins Gregoys.
Pour ses guands furent mises en oeuvre seize peaulx de lutins, et troys de loups guarous pour la brodure d’iceulx; et de telle matiere luy feurent faictz par l’ordonnance des cabalistes de Sainlouand.461Village proche de Chinon. Ces cabalistes (interprètes juifs de la tradition biblique) sont sans doute les bénédictins de Saint-Louand, dont R. déplore par ailleurs l’esprit de chicane (Quart L. chap. 12, n. 17). Le nom de ce prieuré évoque celui des loups-garous. On verra que les soldats de Loupgarou sont revêtus de peau invulnérable prise à des lutins (L. II chap. 26).
Pour ses aneaulx (lesquelz voulut son pere qu’il portast pour renouveller le signe antique de noblesse462Lors de l’investiture féodale, l’anneau remis par le suzerain au vassal symbolisait la concession du fief; certains commentateurs voyaient aussi dans l’anneau des chevaliers romains le symbole de la noblesse (voir P. Valeriano, Hieroglyphica, 1556). D’après Belleforest, «ce grand fouldre de guerre Charles surnommé Martel, renouvela l’usage des anneaux parmi les Francs Gaulois ».) il eut, au doigt indice de sa main gauche, une escarboucle463Gros rubis. grosse comme un oeuf d’austruche, enchassée en or de seraph464Or aussi pur que celui d’un séraph (monnaie orientale). Voir L. II chap. 14, n. 18. bien mignonement. Au doigt medical d’icelle eut un aneau faict des quatre metaulx465Or, argent, cuivre, acier, au majeur. ensemble en la plus merveilleuse façon que jamais feust veue, sans que l’assier froisseast l’or, sans que l’argent foullast le cuyvre; le tout fut faict par le capitaine Chappuys466Clin d’œil amical à Claude Chappuys, prêtre et homme de lettres de la maison de François Ier. Par jeu, R. le présente comme l’artisan de ce bijou impossible, aux côtés d’Alcofribas (le double d’auteur de Rabelais). En réalité, ce ne fut ni un extraordinaire maître‑orfèvre ni un officier. Ils accompagnèrent Jean du Bellay à Rome en 1534 afin d’empêcher l’excommunication du roi d’Angleterre, Henri VIII. La mission fut un échec politique pour la France, mais pour Rabelais ce fut un coup de chance décisif : il y gagna un modèle de liberté humaniste et un statut personnel renforcés. et Alcofribas, son bon facteur. Au doigt medical de la dextre467L’annulaire de la main droite. eut un aneau faict en forme spirale, auquel estoient enchassez un balay en perfection, un diament en poincte, et une esmeraulde de Physon468Fleuve du Paradis terrestre baignant une terre où l’on trouvait de l’or et des gemmes., de pris inestimable, car Hans Carvel, grand lapidaire du roy de Melinde469Voir plus haut chap. 5, n. 44. Figure du vieux mari jaloux : il rêve que le diable lui met au doigt un anneau magique censé garantir la fidélité de sa femme. À son réveil, il découvre que l’« anneau » était en réalité… l’organe du jeune amant couché avec sa femme, ce qui en fait un paradigme de l’histoire de cocu jaloux dupé par sa propre obsession., les estimoit à la valeur de soixante-neuf millions huyt cens nonante et quatre mille dix et huyt moutons à la grand laine4709.894.018 pièces d’or frappées d’un Agnus Dei.; autant l’estimerent les Fourques d’Auxbourg.471Les Fugger, fameux banquiers d’Augsburg à la richesse proverbiale.
Як Ґарґантюа
одягався
Іще змальства батько подбав, щоб син ходив у родинних барвах: більом більований і синьом синьований. Одежина забрала чимало праці, і її змайстровано, скроєно й пошито за тодішньою модою. Розкопавши архіви лічильної палати городка Монсоро, я з’ясував, як було убрано хлопчину.
На його сорочку поклали дев’ятсот ліктів шательродського полотна та ще двісті на квадратові ласки під пахвами. Сорочку він мав необорчасту, бо сорочки оборчасті — пізніший винахід тієї вже доби, коли швачки, обламавши на голках кінчики, навчилися орудувати гузицею.
На його купину пішло вісімсот тринадцять ліктів білої саєти, а на шнурівку — тисяча п’ятсот дев’ять з половиною собачих шкурок. Саме тоді почали пристьобувати до камзола плюндри, а не камзол до плюндрів, що протиприродно, як переконливо довів Оккам у коментарях до Exponibilia472Описуване (латин.)магістра Плюндри.
На плюндри пішло сто п’ять із третиною ліктів білого вовняного краму. А скроєно їх на взір колон з уторами і вильотами ззаду: хай дихають нирки. І над кожним вильотом угорі були пишні бганки із блакитного дамасту. Слід сказати, що хлопцеві стегна були дуже гарні й вельми личили під його статуру.
На гульфик пішло шістнадцять з чвертю ліктя того ж таки вовняного краму, і зшито його на штиб дуги, а стягувався він двома чудовими золотими клямрами з емалевими гачечками, і в кожну клямру повставлювано по смарагду завбільшки з помаранчу. Смарагд-бо (як запевняє Орфей у своїй книзі De lapidibus473Про каміння (латин.) та Пліній, libro ultimo474У книзі останній (латин.)) підтримує грішне тіло дрочливим і замашним. Гульфиковий випуст витикався на одну канну і мав, як і плюндри, вильоти і теж із пишними бганками угорі того ж таки блакитного дамасту. Дивлячись на канетільовий гафт, на вигадливе ювелірне плетиво, щирими діямантами, рубінами, туркусом, смарагдами і перським жемчугом обсаджене, ви, мабуть, порівняли б його з гарним рогом достатку, як його ото вдають на антиках, — десь такі подарувала двом німфам, Адрестеї та їді, Юпітеровим годувальницям, Рея. Завжди пановитий і смаковитий, завжди розкішний і гордопишний, завжди сочистий і рожаїстий, повний броду, повний плоду, справжній міх, повний всіх утіх, Богом святим свідчуся, гульфик просто очі на себе брав. Одначе дрібніше я вам розповім про це у своїй книзі Про переваги гульфиків. Наразі ж лише скажу, що гульфик був із розмахом і завдовжки і завширшки, а всередині туго натоптаний здобіль, куди там до нього таким нібито гульливим гульфикам цілої тічки жевжиків, на ділі підбитим, на превелике розчарування білої челяді, вітром.
На черевики пішло чотириста ліктів сіро-буро-малинового оксамиту. Оксамит спершу розкраяно на рівненькі смужки, а смужки ті вшито однаковими вальцями. На підошви зужитковано тисячу сто коров’ячих шкур білого кольору, а носаки у черевиків змайстровано кінчасті.
На камзол пішло тисячу вісімсот ліктів лазурового оксамиту, розшитого кругом винограддям, а посередині — кухлями зі срібної нитки, обплетеними золотими кільчиками з силою-силенною перлинок: чим вам не знак, що господар вискочить колись у доброго чаркодуя.
Пас йому зшито із трьохсот п’ятдесяти ліктів шовкової саржі, переполаса біло-блакитної (як пам’ять мене не зраджує).
Шпада була у нього не валенсійська, а запоясник — не сарагонський, бо батько зневажав отих усіх налиганих гідальго, отих усіх клятих вихрестів; ні, Ґарґантюа мав гарну дерев’яну шпажку і мазаної шкіри кинджальчик, і те і те розцяцьковане й визолочене, очей не відведеш.
Черес його спроворено зі слонової калитки, що підніс у дар гер Праконталь, лівійський проконсул.
На його гуню пішло дев’ять тисяч шістсот дев’яносто дев’ять і дві третини ліктів блакитного оксамиту, по діагоналі золотими фігурками затканого; при погляді збоку барви починали мінитись, як на шиї у горлички, очам на втіху.
На його кресаню пішло триста два лікті із чвертю білого оксамиту, і капелюш був широкий і круглий — для круглоголового. Щодо тих високих, схожих на паски, шапокляків, які носять нині потурнаки та побусурмани, то батько казав, що вони накликають лихо на їхні гирі.
За покрейтку йому правила велика гарна блакитна пір’їна неяситі, ця баба-птиця водиться у пущі Ірканії; трепітка хвацько звисала у нього над правим вухом.
За кокарду він мав золоту дощечку завважки шістдесят вісім марок, а до цієї плати прикріплено емалеву фігурку, зображення людини двоголової (голова до голови), чотирирукої, чотириногої і двозадої, бо, як мовить Платон у Бенкеті, така людська природа в її містичному почині. Довкола зображення пишався напис йонійськими літерами:
ΑΓΑΠΗ ΟΥ ΖΗΤΕΙ ТА ΕΑΥΤΗΣ.475Любов не шукає свого (грецьк. — Перше Послання до Коринтян апостола Павла, 13, 5)
На шиї він носив масивний золотий ланцюжок завважки двадцять п’ять тисяч шістдесят три золоті марки476Марка — старовинна міра ваги, близько 250 грамів, причому ланки його було зладжено у вигляді буйних ягід; між ними висіли великі дракони з зеленого яспису, та такі ж іскряві, такі променисті! — схожих драконів колись посідав цар Нехепс; а спускався цей ланцюжок аж до підсердя, і силу його власник мав відчувати покіль віку, як це знають грецькі лікарі.
На його рукавички використано шістнадцять кож, злуплених з упирів, а на оторочку — три кожі, з вовкулаків зняті. Такий був припис сенлуанських кабалістів.
А ось які він мав персні (батько хотів, аби він носив їх задля нагаду тамтої давньої відзнаки вельмож): на вказівці лівої руки — карбункул зі струсяче яйце завбільшки у прегарній оправі щирого золота, на підмізинні тієї самої руки — перстень із незвичайного, досі небаченого стопу чотирьох металів, де криця не псувала золота, а срібло не тьмарило міді; то була робота капітана Шапюї та його вірника Алькофрібаса. На підмізинці правиці він носив перстень у формі спіралі, обсаджений чудовим блідо-червоним рубіном, шпичастим діямантом і физонським смарагдом, яким ціни не було. Ганс Карвель, великий ювелір царя Меліндського, оцінював його у шістдесят дев’ять мільйонів вісімсот дев’яносто чотири тисячі вісімнадцять довгорунних баранів477Довгорунний баран — старовинна французька золота монета., у стільки само їх оцінювали й авгсбурзькі Фуґґери.
Sources principales
Franc, Abel (Boulenger, Clouzot et alii…), édition critique de Gargantua, in Œuvres de Rabelais T1, 1913
Delbiausse, Roger – Edition critique in Les Cinq livres de Rabelais – Magnard, 1965
Perepadуа, Anatol – Traduction ukrainienne, « Gargantyua ta Pantagryuel » – Folio, Kharkiv, 2010.
(Перепадя, Анатоль – Ґарґантюа та Пантаґрюель (укр. переклад) – Фоліо, Харків, 2010.
Bilingues avec translation
Demerson, Guy – Edition critique bilingue in Rabelais, Oeuvres complètes, T1, Gargantua – Seuil, 1980
Fragonard, Marie-Madeleine – Edition bilingue annotée in Rabelais Gargantua – Pocket, 1996.
Romain Menini, Nicolas Le Cadet – Translation en français moderne in Tout Rabelais, Bouquins, Robert Laffont, 2022
Biographies & autres analyses
Huchon, Mireille – Rabelais – Gallimard, Biographies NRF, 2011
Notes et commentaires
Synthèse de plusieurs sources, dont :
Guy et Geneviève Demerson (Gargantua, Seuil, 1996) pour leur lecture littéraire et idéologique.
Abel Franc, Boulenger (Œuvres de François Rabelais, Champion, 1912) pour leur lecture très philologique et historique.
Marc Berlioz (Rabelais restitué, II, Klincksieck, 1985) pour sa relecture anti-académique, notamment de certains passages obscurs.
Claude Gaignebet, À plus hault sens. L’ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, t. 1‑2, Paris, Maisonneuve & Larose, 1985‑1986



