{"id":1241,"date":"2023-01-21T17:32:21","date_gmt":"2023-01-21T16:32:21","guid":{"rendered":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/?p=1241"},"modified":"2024-09-25T15:14:19","modified_gmt":"2024-09-25T14:14:19","slug":"journal-dun-larbin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/?p=1241","title":{"rendered":"Journal d&rsquo;un Larbin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"chapeau\"><strong>Presque oubli\u00e9 de nos jours, ce \u00ab\u00a0journal\u00a0\u00bb est pourtant un des tout premiers textes litt\u00e9raires \u00e0 d\u00e9noncer le futur r\u00e9gime stalinien. D\u00e8s 1926, Ivan Sentchenko y d\u00e9non\u00e7ait avec force ironie le comportement de ses \u00ab\u00a0camarades\u00a0\u00bb s&rsquo;engouffrant dans la plus immorale des collaborations. Malgr\u00e9 la critique officielle et le triomphe de Staline, l&rsquo;auteur ne subira aucune pers\u00e9cution. Une destin\u00e9e presque aussi \u00e9nigmatique que le texte lui-m\u00eame.<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center traducteur\"><em>De l&rsquo;ukrainien<\/em> <em><em>par <\/em><\/em><em><em>Nicolas Mazuryk<\/em><\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"197\" height=\"44\" src=\"https:\/\/ukraine-rous.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/motifs-rous-Recupere.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-712\" style=\"width:90px;height:20px\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><em>Ne nais pas heureux, nais sous une bonne \u00e9toile<\/em>, dit un proverbe populaire. De toute \u00e9vidence, j&rsquo;ai d\u00fb na\u00eetre sous une bonne \u00e9toile et je ne m&rsquo;en porte que mieux aujourd\u2019hui. On a tous notre id\u00e9e du bonheur, mais autant vous pr\u00e9venir&nbsp;: je ne suis pas de ces philosophes ou de ces gens pleins d\u2019id\u00e9aux dans la t\u00eate (et rien dans la poche) qui passent leur temps en critiques et finissent par crever sous un pont. Je ne suis qu\u2019un simple mortel dou\u00e9 de bon sens, l\u2019\u00e9chine souple et la main habile.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous souriez&nbsp;: \u00ab\u2009<em>l\u2019\u00e9chine souple, hi-hi<\/em>\u2009\u00bb. J\u2019entends vos ricanements, mais cela m\u2019est bien \u00e9gal, parce que moi, je ne me fie qu\u2019\u00e0 mon \u00e9chine&nbsp;: souple lorsqu\u2019il le faut et formidablement rigide \u00e0 l&rsquo;occasion. Mon \u00e9chine, c\u2019est ma planche de salut, mon tapis magique, mon saint patron. A la fois souple comme le serpent et glissante comme l\u2019anguille. Avec mes yeux aux quatre coins de la t\u00eate, j\u2019embrasse d&rsquo;un seul coup d\u2019\u0153il tout ce qui arrive \u00e0 la ronde, et selon ce qu\u2019ils voient, mon \u00e9chine se lance dans les figures les plus \u00e9tonnantes&nbsp;: de la position la plus rampante \u00e0 celle du dragon jamais terrass\u00e9. Quant \u00e0 mes oreilles, que j\u2019aime pour l\u2019extr\u00eame finesse de leurs membranes, elles ne laissent jamais mon \u00e9chine s\u2019engourdir&nbsp;dans la m\u00eame position&nbsp;: tout ou\u00efe je suis et mes oreilles sont mes membranes.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu peux donc ricaner, toi le sceptique, le philosophe. Ma philosophie \u00e0 moi, c\u2019est ma carapace, alors cela m\u2019est bien \u00e9gal. Je dois \u00e9crire mon journal, bien diff\u00e9rent de ce qui a pu \u00eatre \u00e9crit jusqu\u2019ici, et je suis s\u00fbr d&rsquo;en faire un<strong> <\/strong>succ\u00e8s. Car au fond qu\u2019est-ce qu&rsquo;un succ\u00e8s, si ce n\u2019est la verdure sous un beau ciel de mai,&nbsp;les ors d\u2019un automne fr\u00e9missant et ces dames en hiver avec leurs petites mains duvet\u00e9es. Vous ne renoncerez pas \u00e0 ces plaisirs et je vous en donnerai la cl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>SAINTS COMMANDEMENTS<\/p>\n\n\n\n<p>Avant toute chose&nbsp;: l&rsquo;ob\u00e9issance, car seul celui qui sait ob\u00e9ir est promis \u00e0 un bel avenir. Ensuite, la soumission&nbsp;: bienheureux celui qui sait se soumettre sans mot dire, sans casser les oreilles \u00e0 plus haut que soi, sans se r\u00e9pandre en paroles aussi insignifiantes qu\u2019inutiles, surtout s\u2019il cache en lui sa grogne et son d\u00e9but de r\u00e9bellion. \u00c9vitez-le comme la peste, faites celui qui n\u2019a rien vu ni rien entendu\u2009; crachez dans son dos, ni vu ni connu\u2009; faufilez-vous comme l\u2019anguille, et fuyez, fuyez\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi il faut \u00eatre souple, non seulement d\u2019\u00e9chine, mais d\u2019esprit, et de conscience, et de tout son \u00eatre. Je vous le dis et r\u00e9p\u00e8te&nbsp;: soyez souple comme le serpent et glissant comme l\u2019anguille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me commandement est tout aussi judicieux que vital : faire silence. Ne dites rien. Motus et bouche cousue. Mais si en vous les mots s\u2019entassent au risque de vous \u00e9chapper, alors courez \u00e0 la campagne, creusez un trou et par trois fois dites \u00e0 voix basse sans qu&rsquo;on puisse vous entendre&nbsp;: \u00ab\u2009<em>Le tsar Tro\u00efane a des oreilles de bouc<\/em>\u2009\u00bb.<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"000000000000077a0000000000000000_1241\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">NDT et suivantes : <em>Titre de la l\u00e9gende du tsar Tro\u00efan qui un jour s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 avec des oreilles de bouc. Seul son barbier \u00e9tait au courant. Dans un trou au milieu de la for\u00eat, ce dernier en avait confi\u00e9 le secret \u00e0 la terre pour ne pas \u00e9bruiter la chose. Plus tard, un arbre allait pousser \u00e0 cet endroit. Des gamins en feraient des pipeaux, mais des pipeaux aux sons \u00e9tranges qui semblaient dire&nbsp;: \u00ab\u2009Le tsar Tro\u00efan a des oreilles de bouc\u2009\u00bb. Tout le pays finira par le savoir et le tsar s\u2019en prendra au barbier. Pourtant, il n\u2019en avait parl\u00e9 \u00e0 personne&#8230; (<\/span><em>En croate dans le texte)<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"000000000000077a0000000000000000_1241\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"><\/em><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Commandement capital et profond\u00e9ment sens\u00e9 que ce dernier\u2009; celui qui ne saura l\u2019entendre n\u2019entendra jamais rien au langage muet de son chef quand il parle avec les yeux, aux soies fines de sa fid\u00e8le \u00e9pouse, ni aux chiffres myst\u00e9rieux du dernier bout de papier sign\u00e9 de sa main. Surtout,&nbsp;ne rien dire. Faire comme la carpe. Et vous irez loin, vous monterez haut, tr\u00e8s haut, jusqu\u2019\u00e0 atteindre l\u2019\u00e9chelon ultime, le sommet du bonheur. Quant au quatri\u00e8me commandement qui sera le v\u00f4tre&nbsp;: ramper. L\u00e9chez les bottes de papa, de maman, des tout-petits m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Courbez l\u2019\u00e9chine, ne lui \u00e9pargnez rien&nbsp;: une fois courb\u00e9e, cent fois elle vous sortira d\u2019affaire. Ne vous dites pas&nbsp;: <em>non je ne peux pas<\/em>, \u2012 aplatissez-vous. Jetez-vous aux pieds du ma\u00eetre. De ces beaux souliers vernis, soufflez la poussi\u00e8re, mais ne soufflez mot. Et l\u2019on vous dira&nbsp;: <em>voil\u00e0 un Larbin de premi\u00e8re<\/em>, \u2012 alors de la pointe du soulier on vous frottera le bout du nez. Alors vous serez au comble de la b\u00e9atitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut toujours craindre plus fort que soi. Visez petit. Au lion mort&nbsp;arrachez la crini\u00e8re, au tigre en cage attrapez la queue. Alors l\u2019on vous dira&nbsp;: <em>qu\u2019il est brave\u2009!<\/em> Contentez-vous de peu. Les cornes et les oreilles pour commencer. Patience, la part du lion vous reviendra.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne jamais donner le premier coup&nbsp;: on ne sait jamais ce que pourrait dire le ma\u00eetre. Tranquillement, mains dans les poches, attendre. Ne jamais h\u00e9siter \u00e0 donner le dernier non plus. Le dernier coup, c\u2019est toujours le plus s\u00fbr. Foutaise cette id\u00e9e qu\u2019on ne frappe jamais un homme \u00e0 terre. Frappez, \u00e9tranglez. <em>Fieff\u00e9 Larbin<\/em> <em>!<\/em> qu\u2019on vous dira. Et vous serez au comble de la b\u00e9atitude.<\/p>\n\n\n\n<p>JUSTIFICATION PHILOSOPHIQUE<\/p>\n\n\n\n<p>Ami lecteur, je suis un fieff\u00e9 Larbin, un Larbin de premi\u00e8re. Je n\u2019en \u00e9prouve aucune honte. Bien au contraire, j\u2019en revendique le titre. Car qu\u2019est-ce qu\u2019un Larbin\u2009? Depuis des si\u00e8cles et des si\u00e8cles, l\u2019humanit\u00e9 s\u2019\u00e9chine \u00e0 r\u00e9soudre ce probl\u00e8me. Aujourd\u2019hui, vous avez des microscopes, des t\u00e9lescopes, un tas de formules math\u00e9matiques et d\u2019incroyables tests chimiques. Mais vous n\u2019avez toujours pas isol\u00e9 le vibrion larbinique. C&rsquo;est qu\u2019il n\u2019est pas stable, il mute et change sans cesse d\u2019apparence, d\u2019heure en heure et de minute en minute.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien de fois un de ces farfelus aurait bien voulu crier\u2009<em>eur\u00eaka\u2009!<\/em> et \u00e0 chaque fois le mot lui est rest\u00e9 en travers. Impossible pour lui d\u2019affirmer les choses avec certitude&nbsp;:<em> voil\u00e0, un Larbin<\/em> <em>c&rsquo;est \u00e7a<\/em>. Enfin, \u00e7a l&rsquo;\u00e9tait avant moi, parce que maintenant que je suis l\u00e0, je vous le dis : <em>un Larbin, c\u2019est \u00e7a, regardez-le<\/em>. Sans d\u00e9tours et en v\u00e9rit\u00e9 je vous le dis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Larbin\u2009\u00bb n\u2019est pas une insulte, c\u2019est un honneur. Et le larbinisme un syst\u00e8me, formidable au demeurant, comme tout syst\u00e8me, mais celui-ci d\u2019une profondeur \u00e0 nulle autre pareille.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis loin d\u2019\u00eatre vieux. Au contraire, je n\u2019ai qu\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Sans doute est-ce trop jeune pour se faire proph\u00e8te, mais mon c\u0153ur br\u00fble de servir l\u2019humanit\u00e9. Des proph\u00e8tes, il y en a eu des milliers avant moi, tous mus par le d\u00e9sir d\u2019offrir au genre humain une autre voie. Or l\u2019in\u00e9vitable faillite qui les attendait en a toujours fait des pestif\u00e9r\u00e9s. Tous s\u2019\u00e9taient us\u00e9s en belles paroles, sacrifiant leur jeunesse, leur sant\u00e9 et m\u00eame l\u2019espoir de voir un jour leur parole prendre chair.<\/p>\n\n\n\n<p>Pure folie, enfantillages.<strong> <\/strong>Mais c&rsquo;\u00e9tait dans l\u2019ordre des choses, personne n\u2019ayant jamais pu comprendre de quel bois \u00e9tait fait ni ce qui faisait courir l\u2019in\u00e9galable Pie. <\/p>\n\n\n\n<p>Pie est tout ce qui est au-dessus de nous. Personne n\u2019est jamais all\u00e9 fouiller dans l\u2019\u00e2me d\u2019un homme pour l\u2019observer telle qu\u2019elle est l\u2019\u00e2me du Larbin. Courant derri\u00e8re leur \u00e9toile \u00e0 qui mieux mieux, au bout du compte ils n\u2019ont fait qu\u2019aggraver la somme des souffrances humaines. Car tous se prenaient pour un Prom\u00e9th\u00e9e et tous en suivant cette voie couraient \u00e0 rebours de leur v\u00e9ritable nature&nbsp;: celle d\u2019un incomparable Larbin, d&rsquo;un Larbin de premi\u00e8re. Et puis, qui vous a dit que vous \u00e9tiez des Prom\u00e9th\u00e9e\u2009? Il doit y avoir m\u00e9prise&nbsp;: Prom\u00e9th\u00e9e, c\u2019est l\u2019id\u00e9al, tandis que vous, c\u2019est le r\u00e9el. Pourquoi fuir sans cesse son authentique quiddit\u00e9\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9vitez l\u2019ombre sanglante de Prom\u00e9th\u00e9e. Jeunesses, regardez-moi&nbsp;: j\u2019ai trente ans, mais je vivrai encore le triple de mon \u00e2ge et je serai heureux, le physique gaillard, la joue bien rose, l&rsquo;\u00e9chine souple et la cuisse tout de caoutchouc.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes sup\u00e9rieurs m\u2019estiment\u2009; ces dames sont folles de moi\u2009; \u00e0 mon passage, on s\u2019\u00e9carte respectueusement et on dit tout bas aux petits&nbsp;enfants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Regardez, c\u2019est le grand Larbin\u2009!<\/em><br>\u2014&nbsp;<em>Grand Larbin<\/em>, entends-je autour de moi, et du chef poliment je salue ce petit monde. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>CHEZ MOI<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis bien \u00e9tabli \u00e0 pr\u00e9sent. Sans calvitie encore, mais avec deux enfants et une splendide \u00e9pouse, de grandes et belles pi\u00e8ces, plusieurs femmes de chambre m\u00eame, un piano, des fauteuils, de grands rideaux, de magnifiques palmiers et des \u00e9tag\u00e8res en ch\u00eane pour mes livres&nbsp;: que pourrais-je d\u00e9sirer\u2009encore ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je me l\u00e8ve le matin et je me couche le soir. Le reste de la journ\u00e9e, je suis \u00e0 mon travail. Quand mon petit gar\u00e7on me voit le matin et me dit <em>bonjour papounet<\/em>, je lui r\u00e9ponds<em>\u2009bonjour<\/em> comme il est d\u2019usage de le faire. J\u2019aime \u00e0 suivre toute sorte d\u2019usages en g\u00e9n\u00e9ral, et lorsqu\u2019il n\u2019y en a plus assez, j\u2019en cr\u00e9e de nouveaux. Je sais&nbsp;: le monde ne s\u2019est pas assez larbinis\u00e9, il est encore rempli de futilit\u00e9s. Aussi tiens-je \u00e0 ce que mes enfants ne s\u2019\u00e9cartent jamais de la voie larbini\u00e8re pour eux toute trac\u00e9e. Depuis leur jeune \u00e2ge je leur apprends \u00e0 \u00eatre Larbin comme on apprenait jadis aux enfants \u00e0 faire leurs pri\u00e8res pour leur petit papa, leur petite maman, leur petite mamie, leur petit papi \u00ab\u00a0<em>et pour tous les fid\u00e8les orthodoxes\u00a0\u00bb.<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"000000000000077a0000000000000000_1241\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> Formule canonique tir\u00e9e de la messe byzantine.<\/span><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pour se faire un syst\u00e8me bien \u00e0 moi. Je m\u2019adresse \u00e0 M.&nbsp;Ours (mon fils se fait appeler ainsi) et je lui demande gentiment&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Dis-moi, mon petit, devant quoi faut-il se courber\u2009?<\/em><br>\u2014&nbsp;<em>Devant Pie, papounet.<\/em><br>\u2014&nbsp;<em>Et qu\u2019est-ce que Pie\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il me regarde et sans se d\u00e9monter r\u00e9cite fid\u00e8lement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014<em>&nbsp;Pie est tout ce qui est au-dessus de nous.<\/em><br>\u2014&nbsp;<em>Comme..?<\/em><br>\u2014&nbsp;<em>Ivan Stepanovitch Doulia, votre chef de bureau, et Parasc\u00e8ve Youkh\u00e9mivna sa femme, et aussi Lala et Lola, ses petites filles.<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"000000000000077a0000000000000000_1241\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Le p\u00e8re de l\u2019auteur s\u2019appelait \u00e9galement Youkhym. Quant \u00e0 \u00ab\u00a0Doulia\u00a0\u00bb, c&rsquo;est en ukrainien un geste du pouce moins vulgaire qu&rsquo;un \u00ab\u00a0doigt d&rsquo;honneur\u00a0\u00bb, mais tout aussi expressif. <\/span> <br>\u2014&nbsp;<em>C\u2019est<\/em> <em>bien\u2009! <\/em>applaudis-je avant de poursuivre l\u2019examen<em>.<\/em><br>\u2014&nbsp;<em>Mais sais-tu au moins te courber comme il faut\u2009?<\/em><br>\u2014&nbsp;<em>Maman me dit que je le fais bien. Un jour, Pie m\u2019a m\u00eame fait un c\u00e2lin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Mon fiston aux yeux bleus rayonne toujours de clart\u00e9\u2026 \u00d4 chair de ma chair\u2009! Sang de mon sang\u2009! Alors, dans l\u2019extase du sentiment paternel, je me mets \u00e0 quatre pattes et de toute ma joie&nbsp;et all\u00e9gresse je lui clame :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Viens t\u2019aplatir, mon petit, regarde comment fait ton p\u00e8re. Courbe l\u2019\u00e9chine. Allez, \u00e0 plat ventre maintenant. Montre-moi un peu comme tu es content\u2009!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et nous voil\u00e0 tous les deux \u00e0 plat ventre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Alors<\/em>, <em>c\u2019est qui le meilleur\u2009?<\/em> finis-je par demander, et mon fiston de r\u00e9pondre&nbsp;:<br>\u2014&nbsp;<em>C\u2019est moi, papounet, parce que je suis le plus jeune et que mon \u00e9chine est comme un \u00e9lastique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime mon \u0153uvre, et je voudrais que le monde entier soit ainsi. Mais \u00e9coutez un peu la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voil\u00e0 qui s\u2019enroule comme un serpent&nbsp;: fulgurance, rapidit\u00e9, souplesse\u2009! Il se met ensuite sur ses pattes de derri\u00e8re et s\u2019incline humblement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses yeux ne sont qu\u2019humilit\u00e9.<br>Ses mains, infinie patience.<br>Ses jambes, pilier de la foi et pieuse constance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dites-lui <em>\u00ab\u2009debout\u2009!\u00bb<\/em> et il pourrait rester ainsi sans bouger durant des centaines, des milliers, des millions d\u2019ann\u00e9es. C\u2019est le plus grand des futurs Larbins.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis d\u2019humeur joyeuse et guillerette, un rien badine m\u00eame, lorsque je suis chez moi, dans ma chambre. Je m\u2019amuse \u00e0 tenir debout sur une jambe, comme \u00e7a, longtemps. Dans la glace j\u2019aper\u00e7ois la silhouette l\u00e9g\u00e8rement courb\u00e9e d\u2019un solide gaillard en costume sombre, signe \u00e9vident de son aplatissement. Ses cheveux blonds artistement coiff\u00e9s vers l\u2019arri\u00e8re, sa joue ras\u00e9e de pr\u00e8s, son col blanc-de-blanc, le plastron de sa chemise et ses manchettes parlent d\u2019eux-m\u00eames&nbsp;: de toute \u00e9vidence Pie le tient dans sa gr\u00e2ce. Et je reste ainsi sur une jambe, \u00e0 tournoyer sur moi-m\u00eame tout en m\u2019admirant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes yeux que j\u2019ai grands, brillent d\u2019une clart\u00e9 innocente&nbsp;: le bleu-de-gris leur conf\u00e8re un \u00e9clat particulier, ils peuvent s\u2019enflammer \u00e0 tout moment, et une fois leurs ravages pass\u00e9s, redoubler de douceur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis chez moi, dans ma chambre. Je m\u2019y suis barricad\u00e9 en fermant bien la porte&nbsp;: j\u2019aime \u00e0 m\u2019admirer, sans t\u00e9moins. \u00c9vitez les t\u00e9moins. Craignez-les comme le feu\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>Les yeux des autres m\u2019insupportent. Ils fouillent partout. Dans le c\u0153ur, dans les poches, dans les mains. Puis ils laissent tout sens dessus dessous. Apr\u00e8s \u00e7a, plus moyen de mener la moindre affaire \u00e0 bien, ils vous en souillent le col, le plastron, les manchettes. \u00ab\u00a0<em>Combien&nbsp;\u00e7a co\u00fbte\u2009? Un seau de larmes\u2009? Une coupe de sang\u2009? On y laisse son honneur, sa vertu<\/em>, <em>ou plut\u00f4t : sa bonne r\u00e9putation<\/em>?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9vitez les t\u00e9moins. Faites vos affaires dans votre coin. Dansez dans votre chambre, sans t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p>AU TRAVAIL<br>(Exemple classique de larbinage\u2009; extrait tir\u00e9 de mon journal en 1918)<\/p>\n\n\n\n<p>On nous avait amen\u00e9 douze rebelles, fam\u00e9liques, d\u00e9guenill\u00e9s, au nombre desquels le p\u00e8re qui avait mis au monde un si beau sp\u00e9cimen de larbinage des plus inspir\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Poux crasseux que c\u2019\u00e9tait, avec en guise de v\u00eatements de vulgaires loques, en guise de bras de m\u00e9chantes cordes. J\u2019\u00e9tais alors au fa\u00eete de la gloire, mon nom \u00e0 lui seul suffisait \u00e0 faire fr\u00e9mir les h\u00e9ritiers de Prom\u00e9th\u00e9e. Mais plus ils me ha\u00efssaient, plus je trouvais gr\u00e2ce aupr\u00e8s de Pie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme m\u2019avait reconnu et, se donnant la semblance d\u2019un ap\u00f4tre, le simple d\u2019esprit s\u2019\u00e9tait \u00e9cri\u00e9, mains vers le ciel&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Seigneur-Dieu, si tu es aux cieux, si ton esprit tout-puissant r\u00e8gne sur le monde et voit tout ici-bas, si tu peux d\u2019un seul regard d\u00e9cha\u00eener la foudre, faire trembler la terre et remuer tout ce que tu as cr\u00e9\u00e9 de vivant et de mort, hommes, pierres, montagnes, alors daigne faire cas de moi&nbsp;: couvre-moi de la nuit sombre de la mort, arrache-moi les yeux et le foie, d\u00e9chire-moi le c\u0153ur, vide-moi de mon sang, prends-le jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte, et de mes veines fais une pelote ; alors j\u2019aurai rachet\u00e9 ma faute d\u2019avoir pour le malheur du monde enfant\u00e9 ce vaurien. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il g\u00e9missait, ses yeux d\u2019ombre dardaient de col\u00e8re, de souffrance, tandis que ses mains enferr\u00e9es se dressaient pour m\u2019\u00e9gorger. Moi, je riais bien s\u00fbr. Que pouvais-je faire d\u2019autre avec un p\u00e9quenaud&nbsp;pareil\u2009? Je lui tendis un verre d\u2019eau, qu\u2019il me renvoya en pleine face accompagn\u00e9 de furieuses injures et autres grossi\u00e8ret\u00e9s. Je lui dis&nbsp;alors :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Dommage que cela se passe ainsi<\/em>, \u2014 avant de lui donner l&rsquo;ordre d\u2019approcher.<br>\u2014&nbsp;<em>Frappe donc p\u2019tit vaurien<\/em>\u2009<em>!<\/em> criait-il, et s&rsquo;\u00e9tant rapproch\u00e9, il m&rsquo;envoya un crachat au visage.<br>\u2014&nbsp;<em>Encore\u2009!<\/em> lui ordonnai-je. Et il cracha encore, encore et encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Il crachait, venimeusement, f\u00e9rocement, en croyant, na\u00eff qu\u2019il \u00e9tait, noyer dans les glaires du d\u00e9dain l\u2019honneur d\u2019un Larbin, et d\u2019un grand parmi les plus grands. Mais un Larbin s\u2019offusquerait-il des sputations d\u2019un fou\u2009? L\u2019\u00e2me du Larbin, il ne la conna\u00eet pas et ne se doute m\u00eame pas que le plus grand honneur qu\u2019on puisse me faire, c\u2019est de me cracher dessus, encore et encore. Un crachat, c\u2019est une m\u00e9daille qu\u2019on vous d\u00e9cerne, c\u2019est la gr\u00e2ce du grand Pie, c\u2019est le diamant de ses yeux ravis lorqu&rsquo;ils sont sur vous.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne craignez pas les crachats. Offrez-leur fi\u00e8rement vos yeux. La salive, c\u2019est juste un peu d\u2019eau, et se trouverait-il quelqu&rsquo;un parmi vous pour craindre un peu d\u2019eau de pluie&nbsp;dans le jardin\u2009? Quelqu\u2019un d\u2019assez fou pour fuir son propre int\u00e9r\u00eat\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u2014 <em>C\u2019est bon, j\u2019ai mon compte<\/em>, dit le Larbin, dis-je moi.<em> Tu as fini ton affaire, laisse-moi faire la mienne<\/em> <em>maintenant<\/em>. Puis il me pr\u00e9senta son menton comme pour mieux recevoir mes coups. Je lui en donnai un \u00e0 la m\u00e2choire, fort et rude, comme un Larbin peut en donner en sentant Pie tout-puissant derri\u00e8re lui. Un autre dans les dents, le nez, les yeux, les oreilles, en pr\u00e9cisant \u00e0 chaque coup&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>\u00c7a, c\u2019est pour avoir offens\u00e9 Pie.<\/em><br><em>\u2014&nbsp;\u00c7a, pour avoir offens\u00e9 ses enfants.<\/em><br><em>\u2014&nbsp;Ses compagnes.<\/em><br><em>\u2014<\/em> <em>Ses domaines.<\/em><br><em>\u2014&nbsp;Ses b\u0153ufs.<\/em><br><em>\u2014<\/em> <em>Ses vaches.<\/em><br><em>\u2014&nbsp;Son \u00c2ne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Son \u00c2ne, c&rsquo;est qui\u2009? <\/em>me demandait en essuyant son sang celui qui avait enfant\u00e9 un Larbin. Il avait cru sortir une blague \u00e0 faire sourire le diable, mais une fois mes crocs galamment rang\u00e9s, je lui r\u00e9pondis d&rsquo;un ton courtois :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;<em>Pas d&rsquo;\u00e2ne sous nos climats, c\u2019est dans notre d\u00e9calogue.<\/em><br><em>\u2014&nbsp;Je ne demande pas mieux, mais vu ce que je viens de prendre dans les dents, j\u2019en d\u00e9duis que si.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce na\u00eff et stupide rebelle. Il pensait faire mouche sans se douter que son coup le toucherait lui-m\u00eame en plein c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2013&nbsp;L\u2019\u00c2ne c\u2019est moi<\/em>, dit le grand Larbin. L\u2019homme se d\u00e9tourna alors brusquement. Les yeux sortis de la t\u00eate, le visage noir comme terre.<br><em>\u2014&nbsp;Seigneur-Dieu, <\/em>g\u00e9missait-il<em>, j\u2019ai donc pour fils non seulement un Larbin, mais en plus de \u00e7a,\u2009<em>un \u00c2ne<\/em>?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Son visage avait disparu derri\u00e8re ses mains. Il se lamentait, se tordait, se tapait la t\u00eate contre le mur, tandis que d\u2019effr\u00e9n\u00e9s jurons jaillissaient de sa poitrine pour me maudire. Je riais&nbsp;: <em>quoi, tu ne savais pas qu\u2019un Larbin pouvait aussi \u00eatre un \u00c2ne\u2009?<\/em> Et de nouveau, calmement et \u00e0 voix basse, je lui r\u00e9p\u00e9tai, presque dans l\u2019oreille&nbsp;: \u201c<em>Oui, celui qui est cens\u00e9 \u00eatre ton fils n\u2019est pas qu\u2019un Larbin, c\u2019est aussi un \u00c2ne<\/em>\u201d.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, me mettant \u00e0 quatre pattes devant Pie, je poussai un long cri strident&nbsp;: \u201c<em>Hi-han\u2009!<\/em>\u201d tel que font les \u00e2nes. Inutile de raconter la suite, tous mes efforts pour le ramener dans le droit chemin ayant \u00e9t\u00e9 vains. Jusqu\u2019au bout, il sera rest\u00e9 ce rebelle fam\u00e9lique qui une demi-heure plus tard allait rejoindre l\u2019\u00e9ternel asile des sots. Le m\u00e9decin constata une attaque cardiaque.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>Je n\u2019en ai pas encore fini avec mon journal. Vous n\u2019avez vu l\u00e0 que de petits bouts de larbinage, je garde le meilleur pour la suite. Je n\u2019en suis qu\u2019au d\u00e9but. Le larbinage comme tout processus, commence par des petits riens et gagner peu \u00e0 peu en fr\u00e9quence et amplitude. Il se d\u00e9veloppe presque sans qu\u2019on s\u2019en rende compte, bien que de m\u00e9moire de Larbin, je crois l&rsquo;avoir toujours \u00e9t\u00e9. Comme c\u2019est beau\u2009! Je m\u2019adore. Je m&rsquo;adore comme on adore une chose rare et pr\u00e9cieuse qui n\u2019arrive \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 qu\u2019une seule fois en plusieurs si\u00e8cles. C\u2019est pourquoi devant l\u2019humanit\u00e9 de tout mon long je m\u2019expose. R\u00e9galez-vous&nbsp;: je suis tout \u00e0 vous.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais j\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 trop dit, normal pour quelqu\u2019un qui a ses id\u00e9es et se laisse quelque peu emporter. Sainte et heureuse passion\u2009! Tu es le propre de l&rsquo;Homme, bien que pour tout un chacun tu ne sois que peine et d\u00e9solation, avec tous les heurs et tracas que tu tra\u00eenes \u00e0 ta suite. D\u2019o\u00f9 mon propos&nbsp;: ne vous tracassez plus, arr\u00eatez de penser. Toute pens\u00e9e inutile n\u2019est qu\u2019une \u00e9tape de plus vers les complications de la vie. \u00c9vitez les pens\u00e9es autant que les t\u00e9moins. Regardez Pie dans les yeux, vous y trouverez une mer d\u2019inspiration. \u00c9coutez Pie respirer, et c\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p>\u201c<em>Pens\u00e9e qui s\u2019exprime n\u2019est que mensonge<\/em>\u201d, disait un jour un po\u00e8te.<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--hover-on-desktop \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"000000000000077a0000000000000000_1241\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000000000077a0000000000000000_1241-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">C\u00e9l\u00e8bre vers de Tiouttchev.<\/span> Qui donc pourrait \u00eatre certain de ne pas entendre quelque chose que vous n\u2019auriez pas d\u00fb\u2009dire ? C\u2019est parce que je pense \u00e0 vous que je vous le dis&nbsp;: bouclez-la, ou encore mieux&nbsp;: demandez qu\u2019on vous la boucle. C\u2019est plus s\u00fbr. De temps \u00e0 autre, faire preuve de volont\u00e9, c\u2019est aussi se dire tout bas&nbsp;: <em>ce n\u2019est rien<\/em>. Un peu comme se taire tout en parlant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Allez voir dans la bouche de Pie&nbsp;: ses mots seront les v\u00f4tres. D\u2019o\u00f9 l\u2019<em>unanimitas<\/em>. Et qui dit unanimit\u00e9, dit s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Regardez-le dans les yeux, son regard sera le v\u00f4tre. Et vous ne regarderez plus jamais de travers. Vous h\u00e9sitez&nbsp;encore\u2009? Vous ne voulez toujours pas \u00eatre un Larbin\u2009? L\u2019esprit de Prom\u00e9th\u00e9e persiste en vous\u2009? Quittez-le. Votre voie, c\u2019est celle du grand et in\u00e9galable Larbin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Kharkiv, 1926<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelle pr\u00e9monitoire de l&rsquo;\u00e8re stalinienne, \u00e9crite en 1926 par Ivan Sentchenko<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1243,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[22,27,18,9],"class_list":["post-1241","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-traduction-litteraire","tag-lettres","tag-sentchenko","tag-traduction-litteraire","tag-traductions","post--single"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1241"}],"version-history":[{"count":37,"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1241\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1880,"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1241\/revisions\/1880"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1243"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ukraine-rous.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}